Comment je devins : " L'oiseau Amoroso "

Toute la gente volatile pépie ou gazouille . Tous les matins, jusqu'à tard le soir. Les hommes affairés, endimanchés de certitudes, pétris dans leur sombres habitudes, le cœur dans un panier, ne connaissent pas la signification de ces coucous-là.
Un jour triste de janvier, je vis à ma fenêtre, un étrange petit passereau, un petit oiseau court sur ses pattes grêles. Le corps bombé, le poitrail de feu. Les hommes l'appellent rouge-gorge. Les hommes n'ont pas beaucoup d'imagination. Il me fit signe qu'il voulait entrer, je l'invitais à se reposer, et je vis tout à coup des larmes dans ses yeux. Il me dit, à ma stupéfaction : " Je m'appelle Pelleas, et je veux te dire ce que je répète tous les jours à tous les hommes et qui ne me comprennent pas … Mon histoire. C'est celle des hommes devenus oiseaux par la grâce de l'amour ! "
Comment-est-ce possible ?
Je te dis que l'amour est le plus grand sentiment qu'éprouvent certains humains, d'une telle force qu'ils en arrivent à se transformer en oiseaux éternels.
Les oiseaux ne seraient-ils que certains humains ? " Pas tous, me répondit-il, mais chez les passereaux souvent ".
J'étais humain, le sais-tu ? j'avais tout, hors l'amour. J'avais attrapé la dépression par désillusion de l'être humain, je souffris véritablement dans ma chair et dans ma tête. Mon père me disait : " c'est une supercherie. Ta douleur, tu l'imagines. En vérité elle n'existe pas ". Dès ce moment je me mis à détester mon père.
Ma mère n'en pensait pas moins et me disait surtout ne parle pas de ça. Cela fait mauvais genre, pense à tous les vrais malades, ne vient pas nous parler de quelque chose que tout le monde nie.
Je n'ai plus aimé ma mère.
Ma femme, s'est interrogée longtemps sur son attitude, elle que j'avais tant aimé autrefois ! Elle m'a dit récemment " maintenant, moi aussi j'ai souffert " (que pouvais-je lui offrir d'autre que ma souffrance, puis que j'étais devenu " la souffrance ?"). " Je pense désormais à moi d'abord. " Elle m'évacua de la couche commune. Puis petit à petit nous vivions séparément, l'amour s'était envolé !
C'est comme ça qu'il faut comprendre les oiseaux, quand ils volent c'est des fois l'amour qui s'envole, vole et revient parfois.
L'amour a vieilli, ses plumes ont jauni et n'est pas revenu, Madame à ses Occupations, moi j'ai ma Maladie opiniâtre, la " gueuse ", et un cœur HENAURME !. Il ne faut pas mélanger les choses.
J'ai parlé un peu à mon fils qui a l'âge ingrat, nous avons rédigé en commun, un dialogue plutôt opposé. Enfin n'y tenant plus je lui ai demandé " Dis-moi, au moins une fois que tu aimes ton père ! " et il me l'a dit peut-être pressé par une nécessité, une politesse, ou de façon spontanée et généreuse, je ne sais, je ne saurais jamais !
Et puis, soudainement l'oiseau s'interrompit et haleta : " j'ai rencontré Mélisande ! "
On m'avait offert pour mes cinquante ans, une panoplie d'internet, pour communiquer. Instinctivement, je cherchais les personnes ayant un même vécu, une même recherche.
Il s'arrêta : " tu comprends me dit -il, à peine sorti de mon internement, je sentis une opprobre insoutenable sur mes épaules, je ne pouvais plus regarder les autres. Quand on a tué une femme de son âge, quand on a été interné à l'asile, on ne navigue plus qu'à l'ombre !
Il fallait encore que je remercie de m'en être sorti si bien !
Je n'avais plus d'espoir, ni d'amour rédempteur, je n'avais que la honte. J'ai écrit pendant un an le fruit de ma douleur dans l'espoir d'une tape amicale. Je n'ai reçu que de l'indifférence. Mes quelques amis m'ont quitté.
J'ai recherché ceux que j'avais connu à l'asile, je ne les ai pas retrouvé, sauf une femme, une femme qui restée-là encore plus longtemps que moi. Une Mélisande ? Un peu ! Et elle m'a fait comprendre qu'elle ne voulait plus conserver aucun contact, qu'elle avait tourné définitivement la page . Alors, je ne l'ai jamais revue ! C'était une fausse Mélisande !
J'ai attendu dix ans une personne pour me dire je t'aime, je t'aime comme tu es, avec ce que tu as fait, je t'aime !
" Et tu l'as trouvé ? "
" Oui, je l'ai trouvé : c'est Mélisande ! Bien-sûr ! "
" Parle -moi de cette Mélisande "
" c'est une femme qui vit très loin d'ici, qui a passé une annonce et à qui tu as écrit ? "
" Tu la cherchais ? "
" Non absolument pas, je communiquais mieux avec d'autres correspondantes plus loquaces. Elle, elle me parlait très peu, je lui posais des questions, elle me répondait très peu, mais toujours mignonnement ! N'est elle que je comprenais le moins, je ne savais pas le moins du monde comment l'aider, car je ressentais très bien sa souffrance, mais comment l'aider, comment s'entraider !
" C'était une question sans réponse ? "
" Et puis j'ai ressenti comme des vagues, des vertiges vis à vis d'elle, je sentais que je ne m'appartenais plus, je ne pouvais plus me maîtriser, surtout quand elle m'envoya ses photos, alors je les ai vu une fraction de seconde, et j'ai déclaré, cette elle, c'est ma Mélisande !
Une clarté soudaine dans un soleil maussade ?
Un coup de tonnerre dans le ciel tourmenté ?
Peut-être la fin de mes tourmentes : " La fin du paiement de ma dette au monde !
Enfin mourir tranquille, avec elle, avec l'amour ensemble la main dans la main ! "
" Le coup de foudre ? "
" Oui le coup de foudre, Par courrier électronique ! "
Raconte dis-je à ce curieux volatile :
" J'appréhendais beaucoup le moment ou elle me proposa un dialogue direct, communiquer simultanément ensemble. Je lui ai dit que je redoutais cet événement, que j'étais je crois en quête d'amour, que j'étais troublé, je craignais cette intimité et mon infirmité que je ne pouvais pas combattre ? "
" Quel infirmité ? "
Ce besoin ardent d'un amour total, absolu, hors circonstances que s'imposent les humains, mais dont les oiseaux se foutent éperdument.
Voici presque texto ce dialogue, il faut que tous les humains sachent cela pour devenir oiseau :

Mélisande :
" coucou mon ti frère, dis-moi comment vas-tu ? Oh combien je regrette que tu te sentes si mal et je suis très proche par la pensée… ça tu le sais…mais que puis-je faire d'autre ? "

Pelleas :
" M'aimer, Marie mère de Jésus qui est amour. "

Mélisande :
" Bien-sûr que je t'aime quelle question ? "

Pelleas :
" Oh, je pleure comme une Marie-Madeleine, le reste est sans importance "

Mélisande :
" Oh ! pleure si cela te fait du bien et te soulage, voilà, je vais pleurer avec toi. "

Pelleas :
" Oui, cela fait du bien, je n'avais que cette idée en tête depuis quelques jours et je n'osais pas te le dire, je suis un grand idiot et je te jure que je pleure. "

Mélisande :
" Oh ! cela va te détendre après tu te reposeras et te sentiras tranquille mon ti frère… "

Pelleas :
" Bon, revenons sur terre, mais n'oublie jamais ce que je t'ai dit, parce que je ne sais pas si j'aurais la force de te le redire ! "
Mélisande :
" Tu me revois ? "

Pelleas :
" Oui, je ne vois que tes yeux et on a cassé la glace avec un fer rougi "

Mélisande :
" Il y a du soleil et je suis rouge gorge pour toi chaque matin. "

Pelleas :
" Oh ma Mélisande ! "

Mélisande :
" Aime ton image, elle est gratifiante. "

Pelleas :
" Ca y est, je repleure merdre ! "

Mélisande :
" Prends mon mouchoir mais tu me le rends car je m'en sers aussi "

Pelleas :
" Je deviens fou : dis-moi comment t'aider ? Dis-moi que t'écrire ? "

Mélisande :
" Oh ! Mais tu m'aides à chaque courrier et à chaque moment tu sais. "

Pelleas :
" Mais c'est plutôt moi qui n'arrive pas à t'aider, toi tu m'apportes tout "

Mélisande :
" Je voudrais que tu reprennes confiance en toi, que tu te sentes bien dans ta peau, moi, je te trouve bien physiquement et moralement. Tu as vu, moi j'écris toujours peu et ça me fatigue tout de suite, j'ai plein d'idées dans la tête, mais de là à pouvoir les exprimer !Ce n'est pas gentil que de dire ce que l'on pense "

Pelleas :
" Oui ! "

Mélisande :
" Par contre c'est méchant de dire ce qu'on ne pense pas ! "


Pelleas :
" Oui Marie, je veux dire oui Mélisande "

Mélisande :
" En psychiatrie, ils m'avaient attaché avec des menottes, et puis… "

Pelleas :
" Je t'en conjure pour l'amour de tous les oiseaux, sauf des rapaces qui sont comme les hommes de méchants oiseaux, ne me torture plus avec ça, j'ai une compassion infinie, ce que tu souffres je l'ai souffert, je t'en supplie Marie cœur de Mélisande ne me fait plus souffrir pareillement. Dis moi plutôt que tu veux vivre, ne me dis pas que tu penses au suicide, je ne veux plus te quitter ! "

Mélisande :
" Je ne pense plus au suicide, et ne veux pas te quitter ! "

Pelleas :
" Ouf, je respire, ça y est repasse-moi ton mouchoir ! Je ne veux plus que quelqu'un te fasse du mal ! "

Mélisande :
" Moi non plus je ne supporterais pas qu'on t'en fasse. "

Pelleas :
" Tant mieux, regarde le soleil serein que tu as mis dans ma tête et ma fol amour excentrique que tu as déposé dans mon cœur ! "

Mélisande :
" WOW ! "

Cet oiseau qui m'avait raconté sa drôle histoire, ce petit prince des oiseaux m'avait abasourdi et médusé. Pourquoi donc me raconter chose pareille moi qui ne connaissais rien au chant des oiseaux, et pourtant qui les écoutais chaque matin. C'est peut-être à ce moment que vacilla un certain nombre de repères que l'on m'avaient tisonnés dans la tête.
Je ressentis violemment l'absurdité d'un monde qui veut conjuguer des règles d'amour dans des lois, des frontières, là où règne le mystère le plus opaque. Où va l'amour et le monde, qui pourra le dire ? La vie est une embrouille 'indémêlable' qui aime qui ? Comment ? Quand et pourquoi ? Ne sommes-nous pas le jouet de circonstances ?
" La réalité ne me semble pas réaliste "disait le regretté Marcel Marïen.

Peut être la ligne de conduite est-elle de se faire du bien en n'en faisant encore plus aux autres. C'est, je crois une bonne ligne de conduite. Que Mélisande aime, adore son mari, qu'elle aime ses amis, et sa famille oui, ses gentilles sœurs et neveux, qu'elle cavale sur internet chercher d'admirables âmes oubliées, elle aura en plus un grand amour : son Pelleas. Que Pelleas, ne blesse pas sa femme, qu'ils vivent en harmonie avec elle s'aidant l'un et l'autre, qu'il aime son fils, correspond puisque c'est sa vocation avec d'autres âmes en détresse, il aura un grand amour en plus et ce sera sa Mélisande.
Et Pelleas et Mélisande s'aimèrent du grand amour impossible, incompréhensible pour qui n'est pas oiseau.
C'est pour cela qu'ils devinrent sans s'en rendre compte oiseaux tous les deux et gazouillent tous les deux tous les matins, Pour entretenir leur flamme ils se répètent souvent : " je t'aime ", je " t'aime " ce qu'ils disent ne regardent pas les humains qui ne peuvent de toute façon les comprendre.
La seule chose que je sais c'est : qui est Pelleas et qui est Mélisande maintenant. Mais c'est un grand secret qui n'est pas pour les grandes personnes.
Ce sont deux oiseaux parlant la même langue qui se réconfortent mutuellement et qui vivront éternellement ensemble. Quand l'un sera mort l'autre le sera aussi,
Mais il renaîtront aussi, car, a-t'on vu l'amour à jamais disparaître ? Comme le beau phénix, il renaît de ses cendres.
Cherchez bien et vous trouverez qui est Pelleas et qui est Mélisande . C'est peut-être vous avec un (ou une) autre qui vous cherche ?
C'était l'histoire d'un homme et d'une femme devenus oiseaux par la grâce de l'amour.
" Sans amour on est rien du tout " chantait Edith Piaf.
Et piaf, c'est un nom d'oiseau, vous ne trouvez pas ça un peu curieux ?
C'est pourquoi il faut toujours faire venir à soi tous les petits oiseaux.

TRISTAN, le 14 janvier 2002.


L'oiseau AMOROSO - 2

Mélisande :
" Mon ti frère, bonjour et comment vas-tu ? "

Pelleas
" Ah, Mélisande, je t'ai cherché tout le jour, toute la nuit, et je n'ai pas reçu la réponse à mon message. J'étais terriblement inquiet. Je pense toujours à ta maladie et aux méchants virus qui courent sur internet. "

Mélisande :
" J'ai reçu ton beau mail tu sais, tu peux le mettre sur ton site. "
Pelleas :
" As-tu aimé mon texte " l'oiseau amoroso " ? "

Mélisande :
" Très beau et très émouvant, c'est ce texte que je veux voir sur ton site. "

Mélisande :
" As-tu vu le petit moineau dans la publicité sur la pollution ? "

Pelleas :
" Non, je regarde si peu la télévision "

Mélisande :
" …qui chante si bien, ben ça c'est nous. "

Pelleas
" Sur tes photos tu commandais la course au soleil, de l'autre tu montrais les mouettes, et tout ce qui était vivant t'obéissait, même les poissons t'obéissaient et bondissaient hors de l'eau pour te saluer. "

Pelleas :
" Mais pourquoi m'aimes-tu si fort ? pourquoi je t'aime tant ? "

Mélisande :
" Oh ! les miracles de la souffrance et du net ! ça donne des coups de foudre ! "

Pelleas :
" Oui, je t'aime, on s'aime, mais c'est un grand secret, il ne faut le dire à personne. Personne ne doit savoir qui est Pelleas et qui est Mélisande. Je connais l'histoire écrite de Maurice Maeterlinck, il y en a d'autres forcément, c'est une histoire de tous les temps que se racontent certains hommes. C'est de la mythologie
Chez Maeterlinck, Mélisande pleure perdue dans une forêt près d'un ruisseau. Elle trouve le prince Golaud. Il essaie de la consoler, elle est farouche . il voit une couronne dans l'onde pure. Il questionne, elle répond qu'elle ne veut plus cette couronne. Golaud n'insiste pas. La ramène dans son château et on apprend qu'il l'épouse.
Ensuite Mélisande fait connaissance de Pélléas, le demi-frère de Golaud, Et l'histoire suggère , c'est ça qui est magique, qu'ils tombent éperdument amoureux l'un de l'autre.
Golaud, se rend compte qu'il se passe quelque chose : il veut savoir, tend des pièges. Un jour Pélléas dit à Mélisande : " je dois partir ", " Pourquoi ? " demande Mélisande,
" Mais tu ne vois pas ? c'est parce que je t'aime ! "

Mélisande répond : " Je t'aime aussi !
On a cassé la glace avec du fer rougi " ( tu sais rappelles-toi ma mélisande à moi, je l'ai écrit cette phrase dans notre première rencontre, je l'avais en mémoire.)
Bon, je résume : Golaud tue Pélléas, et Golaud se torture lui-même : il veut savoir la vérité, il veut savoir " s'ils se sont aimés d'un amour défendu ", et Mélisande ne comprend pas sa question. Golaud hurle de douleur de ne pas savoir la " vérité " et par magie, à ce moment Mélisande disparaît, et le spectateur devine qu'elle repart jeter la couronne qu'on lui avait offerte.
Et on revient au début ! "

Pelleas
" Tu comprends toute la magie de l'amour face à l'être humain qui veut savoir, ce qu'il ne saura jamais. Tu comprends cette idée puissante d'un amour divin, éternel, qui dépasse l'homme ! Et que Maeterlinck, sait suggérer admirablement.
Tu comprends Mélisande ? "

Mélisande
" Oui, je le comprends "

Pelleas :
" Et moi je m'étais mis dans la tête que j'étais Pélléas ! Mais je n'avais pas trouvé de Mélisande ! "

Mélisande
" C'était avant de me connaître "

Pelleas
" Oui, parce que maintenant je t'ai trouvé, j'ai trouvé ma Mélisande, je t'apporterai l'opéra quand j'irais te voir, et si tu n'aimes pas la musique, tu liras l'histoire. "

Mélisande
" Mais on ne va pas mourir à la fin ? "

Pelleas
" Bien-sûr qu'on va mourir, comme les autres, tout le monde meurt et chacun se cache et a peur, nous, nous n'avons plus peur car nous avons cet amour ! Je me laisse aller par les flots de cette ivresse, je ne sais plus ce que je dis, ni ce que je fais, je ne sais pas si c'est bien, ou normal ou moral, je suis emporté par un torrent poétique miroir de l'Adriatique ! Voilà pourquoi je t'aime Mélisande, je t'ai tant cherché ! "
Mélisande
" Oh ! qu'il est beau ton jardin secret. "

Pelleas
" Oui, un beau jardin secret que ne connaissent que les oiseaux ! "

Mélisand
" Non, même pas eux "

Pelleas
" Oui, il n'y a que nous deux et l'amour sur terre, je ne vois rien d'autre. "

Mélisande
" Ça oui ! "

Pelleas
" Et l'amour se cultive comme un beau jardin "

Mélisande
" Pour devenir un vrai paradis ! "

Pelleas
" Pour cela , il n'y a qu'une recette, il faut se le dire souvent qu'on s'aime et cela entretiendra notre petite flamme ! il faudra aimer aussi XXXXX et ta famille, oui, je le veux il faudra aimer tout le monde ! sauf que nous deux, ce n'est pas pareil. Il faudrait quand même m'écrire plus souvent, juste un mot ou deux pas plus car je sais que tu es souffrante, sinon je souffre trop. Cet amour est d'une voracité ! "

Mélisande
" Tu as raison ! mais dis-moi comment vas-tu ? comment vont tes correspondantes ? "

Pelleas
" J'ai deux correspondantes que je veux conserver, les autres se sont évanouies, elles continuent de surfer à cette heure. Peut -être que je referais une annonce pour en avoir d'autres, mais ne va pas croire que je leur dis à toute je t'aime. "

Mélisande
" Bien -sûr que si ! "

Pelléas
?
Mélisande,
" Non, je plaisante bien sûr ! "

Pelleas
" Tu sais je débute avec les autres, il y en a une avec qui ça va, l'autre elle me
cause des frayeurs ! "

Mélisande
" Pourquoi mon Pelleas ? "

Pelleas
" Voilà comment ça commence :
" rien ne se bouscule
tout est en ordre est (et ?) rangé
a droite ce que je ne comprends pas
a gauche ce que je ne veux pas comprendre ". c'est moi qui ne la comprend pas, c'est un compartiment de chemin de fer dont elle parle ou quoi ? A chaque fois je lui fais une lettre explicite pour lui dire que je ne suivais pas, elle ne comprends toujours pas. Je ne sais plus quoi dire ! L'autre fois elle pénètre dans ma chambre d'hôpital, alors que je refaisais une hémorragie du moi. Et tu sais comment ça saigne ces trucs là ! Sans frapper, ni dire bonjour la voilà partie dans un torrent d'imprécations, de castagnes, de discours écrits à vau l'eau, avec de très belles choses puis soudainement du sabotage, des salmigondis, des justifications, des questions, des retours, des ceci et cela, cela va à droite, cela va à gauche, je suis comme ceci, puis comme cela, des paradoxes, des mélanges de tout, puis des émerveillements, (elle sait écrire de merveilleuses choses que je ne saurais peut-être pas) puis un récit scabreux avec un revolver, tu sais le genre de machins que l'on jette tous les jours au fond d'une poubelle télévisée, elle voulait, me semble t-il que je témoigne, que je me batte pour ou contre elle, je ne le sais pas .
Elle me fait des " Non monsieur, je ne te dirais pas avec douceur quelque chose qui ne me plaît pas " plein de choses épris d'une haine que je ne comprends pas ! Elle pose sans cesse des questions comme Golaud ! Peut -être se prend-elle pour la gouvernante du monde ? Elle me rappelle le général (ma femme) qui loge chez moi ! Gouverner est son séant, je ne sais pas . Elle écrit à vau l'eau, comme ça lui vient des pages et des pages, l'essentiel étant je crois pour elle de dire tout ce qu'on veut sans se relire, ni penser à celui qui le lit, le plus rapidement possible pour être, sans entrave, le plus spontané possible, donc le plus authentique, donc le plus vrai ! c'est une vraie formule mathématique, une véritable équation :
vivacité = spontanéité = authenticité = vérité = beauté , cette fille-là, elle fonctionne sur des rails ! C'est une locomotive ! "

Mélisande
" Oh ne lui en veut pas, c'est peut être une manière détournée de t'apprécier ! En te montrant ce qu'elle croit être beau ! "

Pelleas
" Je suis un vieux singe, je connais la littérature, je ne veux pas faire (trop de littérature) avec elle, je veux faire de la correspondance d'entraide !
Je pense qu'elle a été déformée par son travail avec les enfants comme moi avec le mien. Quand je lui dis que je n'aime pas les fautes d'orthographe, elle rigole, elle me juge ringard. Pour moi, faire une faute, c'est comme si je faisais un gros caca dans sa mare à elle. Elle ne comprend pas non plus et se moque de moi si je ne fais pas des (((((((((((((( et autres trucs comme ça. Alors dans ma dernière lettre, j'ai tout donné pour être explicite, une fois de plus, Enfin n'y pouvant plus, je lui ai cité Georges Sand,
Je lui ai promis des merveilles à la clé, je lui ai, je lui ai dit " commence par me dire que tu m'aimes un peu ! Moi j'ouvre le feu le premier et je te le dis. Après on verra ce qu'on pourra faire ensemble ! J'attends juste un petit message d'amour de toi en préambule ", et je ne l'ai pas eu !
Et elle a recommencé ses " racontades ", sans même me dire bonjour !
Je ne sais plus quoi lui dire ! "

Mélisande
" Oh moi aussi, je fais des fautes et j'utilise des émoticons , je t'ai appris à les utiliser "

Pelleas
" Tout ce que tu voudras, mais pas ça. Te dire : " Je t'aime " me comble de bonheur, pourquoi aurai-je besoin d'autres choses. Quel émoticon faut-il pour décrire l'envie que j'ai de te prendre dans mes bras, de te serrer fort ? et de respirer ton haleine de femme ? "

Mélisande
" Toi aussi tu as été dadaïste fut une époque. "

Pelleas
" Oui, je l'ai été et je connais bien ce mouvement, son origine, j'ai conversé avec des personnes expertes là-dessus, j'ai même écrit " le remanifeste 1998 " qui est sur mon site. A mon avis c'est le livre à lire d'abord quand on arrive sur mon site. Malheureusement le dadaïsme est mort. Il a été créé par des intellectuels pour des intellectuels. Mais j'ai tourné la page et pourtant je m'y suis donné. Je connais le jeu fou du néant, " faisons n'importe quoi, il en restera bien quelque chose. "
Par exemple quand elle dit " Je peux recevoir et donner, puisque rien ne m'appartient et que tout est à moi. ".c'est du dadaïsme, puis que c'est l'inverse d'une logique intuitive. C'est comme jouer du piano en tapant sur n'importe quelle touche, et se persuader que cela est beau. "j'apprécie le dadaïsme, la déconade, mais ce n'est pas ce que j'attends d'elle pour aller se promener en se tenant la main . Elle m'a envoyé une photo avec sa petite fille, elle est jolie, elle me plaît bien. "

Mélisande
" Pélléas me dire ça à moi qui suis si possessive. "

Pélléas
" Oh ma Mélisande, je t'ai vexée. Mais le plus important, c'est qu'elle veuille aller sur mon site, et j'en suis fier !, Mais elle me dit qu'elle a des difficultés pour télécharger. Je crois qu'elle est anti-discipline par nature, elle veut appuyer sur un bouton et puis que ça marche tout seul, et si possible dans la seconde qui suit.
Je n'ose lui dire qu'il faut être ultra précis, si elle a un problème de téléchargement, elle faut qu'elle me dise exactement sur quoi, dans quelle version, sous quelle forme, il est évident qu'un format A4, n'a pas le même nombre de pages qu'un format A5. Si elle n'a que dix huit pages, est-ce les premières ou les dernières etc.
Mais elle devrait imprimer d'abord les textes courts, puis les poésies. Pour les livres, je les ai relié chez moi, je peux lui en envoyer, à condition qu'elle soit vivement intéressée . Car si tout est gratuit sur mon site, moi j'ai payé du maquettage, des droits d'auteurs, sur un dessin, et que j'ai les possibilités légales de demander des droits d'auteur. "

Mélisande
" Je ne veux pas que l'on te fasse du mal mon Pelleas "

Pelleas
" Moi non plus tu le sais bien "

Mélisande
" As-tu toujours été fidèle à ton épouse ? "

Pelleas
" Je te dois la vérité, chez moi amour charnel et amour physique sont dissociés totalement. Pour l'amour physique, je pourrais faire l'amour avec toutes les femmes de la terre. Bien sûr, il y a énormément d'hommes hypocrites qui te diront que chez eux ce n'est pas vrai. Tu sais comme on dit ici " si Brigitte Bardot vient dans mon lit, je n'irai pas coucher dans la baignoire ! ".
Mélisande
" Ça leur convient tellement ! "

Pelleas
" Ce n'est pas une question de convenance mais de mécanique à faire marcher. "

Mélisande
" Moi, je fais l'amour avec personne, ma déprime est trop ancrée, ma libido est bloquée, je fais juste un calin et tient la main de mon mari "

Pelleas
" Je t'accepte comme cela, Mélisande, mais tous les soirs, je fais l'amour avec toi "

Mélisande
" Oh ! en fantasme ! "

Pelleas
" Oui en fantasme et avec les mains ! "

Mélisande
" Et actuellement, tu pourrais coucher avec une femme qui t'accepterai ? "

Pelleas
" Réellement, cela ne se posera pas. Je n'ai eu jamais un défilé de volontaires chez moi ! Même si à une lointaine époque je cherchais, je n'ai eu aucune maîtresse, parce que je n'ai pas su y faire !A part la visite éclair des prostituées qui sont un souverain remède pour tuer l'amour ! et puis avec ce que l'on vit actuellement tous les deux, je ne sais plus, je crois que je ne pourrais pas ! Et puis il y a ma femme qui est inscrite pour toujours dans ma vie, dans un destin et un amour ancien réciproque qui court toujours avec ses grandes pattes.
Dis-donc, j'ai l'impression que tu me testes, que tu me pousses dans mes retranchements ultimes ! "

Mélisande
" Non… heu…je ne te teste pas. Prends bien soin de toi et mille bisous mon ti frère chéri ! "

Pelleas
" Au revoir donc, et soit à notre rendez-vous dans notre cachette secrète xxx à xxx heures. "
Oiseau amoroso 3
Soliloque de l'oiseau

Un jour, une heure, une nuit, hier ou demain, je ne sais plus l'oiseau me raconta cette histoire :
" Je regarde assez peu la télévision, sais-tu. J'ai l'impression de subir, et même que l'on me vole mon imagination, certaines fois cela me rend d'une jalousie furieuse . Je vais m'expliquer. " Je suis d'un naturel fragile, mes plumes sont de la fine ouvrage. Quand il s'agit d'amour, les hommes et femmes se donnent de telle façon que l'on devient jaloux à se rendre malade. Pour trouver une compagne, il a fallu que je tente des manœuvres audacieuses et périlleuses. Et puis faire l'amour cela se passe plutôt mal chez moi. Sûrement pas comme dans les films. Alors regarder tout ça !
Alors pour tuer le temps, je regarde l'émission de télé-achat où des baragouineurs vantent les mérites de la nouvelle casserole, avec tous les arguments qu'il faut pour fasciner la ménagère et lui faire ouvrir son porte-monnaie. Quand on en arrive là, c'est qu'on a vendu son âme au diable. Ils vendraient père, mère et enfant pour s'acheter la piscine gonflable de leur résidence secondaire ces gredins. Je les imagine brûlant dans le feu éternel de l'enfer !
Mais il y a pire encore. Une jeune femme à qui je demandais par politesse ce qu'elle regardait à la télévision, me fit une longue liste. Je répondis qu'hélas je ne regardais rien de tout cela. Elle ne m'a jamais réécrit !
Il y a pire encore : A l'hôpital, aux entrées, on me demande si je veux la télévision : je réponds non : suspicion. Est-ce que je veux une chambre seule ? je réponds : non vu le prix très élevé. Alors ils m'ont collé dans un réduit sous les toits. Au bout d'un long moment un grand noir hilare est venu dans ma chambre en poussant une télévision et en disant : " coucou, une bonne surprise : je vous apporte la télé ! Alors je n'ai pas osé dire non et ainsi j'ai eu la télé que je n'ai pas allumé bien-sûr. Je ne pouvais quand même pas dire non ! Il pensait tellement me faire plaisir !
Aujourd'hui, j'ai appris qu'ils songent sérieusement à mettre des télés dans les salles de réanimation : "pour donner des repères aux malades qui s'éveillent ", j'ai appris cela, à la télé bien sûr, le 19 janvier 2002. C'est peut-être ce qu'ils appellent humaniser les hôpitaux !
Il y a beaucoup trop de technologies, de machines, et de trucages, l'homme est en train de se déshumaniser. Mon imagination étant libre : tout est réel ! c'est pourquoi j'aime à laisser vagabonder le soir mon imagination, des fois c'est un grand amour qui me prend, et je lui laisse le mot de la fin.
Mais ce grand amour est volage, il vole comme le zéphyr :
On imagine une personne par les échanges de correspondances.
C'en est une autre dans la conversation
Encore une autre au téléphone
Et puis aussi au moment de la rencontre physique.
Sans compter, dans quelques cas, en vivant sous le même toit.
Pelleas et Mélisande s'aimaient d'amour,
Et personne ne sait ce qui leur est advenu, ni d'elle, ni de lui !
Et cela n'a aucune importance.

Et voilà qu'un jour, en habit de philosophe, un jour, l'oiseau est revenu
Il demanda : " Que faisait l'amour avant que l'Homme le mette en cage ? "
Personne ne répondit, parce que personne ne savait.
L'oiseau : " l'amour n'a pas de limite, il peut grimper les montagnes "
Et tous, en vérité, furent stupéfaits.
L'oiseau : " Et quand il arrive en haut de la montagne qu'est-ce-qu'il fait ? "
Il redescend, dirent les uns,
" Vous êtes réalistes "répondit l'oiseau.
" Il monte encore " dirent les autres
" Vous êtes donc idéalistes " dit l'oiseau
Et si, dit l'oiseau, vous me rétorquez : " je réfléchis, mais je n'ai pas les moyens de savoir, j'imagine ce que je peux, c'est là que s'arrête mon pouvoir "
Vous êtes une sorte de nihiliste, espèce très rare, vous n'avez pas forcément raison, mais vous êtes sûrement prêt à admettre que l'amour est comme le vent, on le sent mais on ne le voit pas, il est là souvent, des fois il s'arrête, change de direction, il nous pousse, nous caresse, des fois c'est un vent furieux qui démolit tout, un vent glacé qui nous mord cruellement, on ne sait d'où il vient ni ou il va, mais il fait tourner les moulins du cœur.

TRISTAN janvier 2002