Toute la gente volatile pépie ou gazouille . Tous les matins, jusqu'à
tard le soir. Les hommes affairés, endimanchés de certitudes,
pétris dans leur sombres habitudes, le cur dans un panier, ne connaissent
pas la signification de ces coucous-là.
Un jour triste de janvier, je vis à ma fenêtre, un étrange
petit passereau, un petit oiseau court sur ses pattes grêles. Le corps
bombé, le poitrail de feu. Les hommes l'appellent rouge-gorge. Les hommes
n'ont pas beaucoup d'imagination. Il me fit signe qu'il voulait entrer, je l'invitais
à se reposer, et je vis tout à coup des larmes dans ses yeux.
Il me dit, à ma stupéfaction : " Je m'appelle Pelleas, et
je veux te dire ce que je répète tous les jours à tous
les hommes et qui ne me comprennent pas
Mon histoire. C'est celle des
hommes devenus oiseaux par la grâce de l'amour ! "
Comment-est-ce possible ?
Je te dis que l'amour est le plus grand sentiment qu'éprouvent certains
humains, d'une telle force qu'ils en arrivent à se transformer en oiseaux
éternels.
Les oiseaux ne seraient-ils que certains humains ? " Pas tous, me répondit-il,
mais chez les passereaux souvent ".
J'étais humain, le sais-tu ? j'avais tout, hors l'amour. J'avais attrapé
la dépression par désillusion de l'être humain, je souffris
véritablement dans ma chair et dans ma tête. Mon père me
disait : " c'est une supercherie. Ta douleur, tu l'imagines. En vérité
elle n'existe pas ". Dès ce moment je me mis à détester
mon père.
Ma mère n'en pensait pas moins et me disait surtout ne parle pas de ça.
Cela fait mauvais genre, pense à tous les vrais malades, ne vient pas
nous parler de quelque chose que tout le monde nie.
Je n'ai plus aimé ma mère.
Ma femme, s'est interrogée longtemps sur son attitude, elle que j'avais
tant aimé autrefois ! Elle m'a dit récemment " maintenant,
moi aussi j'ai souffert " (que pouvais-je lui offrir d'autre que ma souffrance,
puis que j'étais devenu " la souffrance ?"). " Je pense
désormais à moi d'abord. " Elle m'évacua de la couche
commune. Puis petit à petit nous vivions séparément, l'amour
s'était envolé !
C'est comme ça qu'il faut comprendre les oiseaux, quand ils volent c'est
des fois l'amour qui s'envole, vole et revient parfois.
L'amour a vieilli, ses plumes ont jauni et n'est pas revenu, Madame à
ses Occupations, moi j'ai ma Maladie opiniâtre, la " gueuse ",
et un cur HENAURME !. Il ne faut pas mélanger les choses.
J'ai parlé un peu à mon fils qui a l'âge ingrat, nous avons
rédigé en commun, un dialogue plutôt opposé. Enfin
n'y tenant plus je lui ai demandé " Dis-moi, au moins une fois que
tu aimes ton père ! " et il me l'a dit peut-être pressé
par une nécessité, une politesse, ou de façon spontanée
et généreuse, je ne sais, je ne saurais jamais !
Et puis, soudainement l'oiseau s'interrompit et haleta : " j'ai rencontré
Mélisande ! "
On m'avait offert pour mes cinquante ans, une panoplie d'internet, pour communiquer.
Instinctivement, je cherchais les personnes ayant un même vécu,
une même recherche.
Il s'arrêta : " tu comprends me dit -il, à peine sorti de
mon internement, je sentis une opprobre insoutenable sur mes épaules,
je ne pouvais plus regarder les autres. Quand on a tué une femme de son
âge, quand on a été interné à l'asile, on
ne navigue plus qu'à l'ombre !
Il fallait encore que je remercie de m'en être sorti si bien !
Je n'avais plus d'espoir, ni d'amour rédempteur, je n'avais que la honte.
J'ai écrit pendant un an le fruit de ma douleur dans l'espoir d'une tape
amicale. Je n'ai reçu que de l'indifférence. Mes quelques amis
m'ont quitté.
J'ai recherché ceux que j'avais connu à l'asile, je ne les ai
pas retrouvé, sauf une femme, une femme qui restée-là encore
plus longtemps que moi. Une Mélisande ? Un peu ! Et elle m'a fait comprendre
qu'elle ne voulait plus conserver aucun contact, qu'elle avait tourné
définitivement la page . Alors, je ne l'ai jamais revue ! C'était
une fausse Mélisande !
J'ai attendu dix ans une personne pour me dire je t'aime, je t'aime comme tu
es, avec ce que tu as fait, je t'aime !
" Et tu l'as trouvé ? "
" Oui, je l'ai trouvé : c'est Mélisande ! Bien-sûr
! "
" Parle -moi de cette Mélisande "
" c'est une femme qui vit très loin d'ici, qui a passé une
annonce et à qui tu as écrit ? "
" Tu la cherchais ? "
" Non absolument pas, je communiquais mieux avec d'autres correspondantes
plus loquaces. Elle, elle me parlait très peu, je lui posais des questions,
elle me répondait très peu, mais toujours mignonnement ! N'est
elle que je comprenais le moins, je ne savais pas le moins du monde comment
l'aider, car je ressentais très bien sa souffrance, mais comment l'aider,
comment s'entraider !
" C'était une question sans réponse ? "
" Et puis j'ai ressenti comme des vagues, des vertiges vis à vis
d'elle, je sentais que je ne m'appartenais plus, je ne pouvais plus me maîtriser,
surtout quand elle m'envoya ses photos, alors je les ai vu une fraction de seconde,
et j'ai déclaré, cette elle, c'est ma Mélisande !
Une clarté soudaine dans un soleil maussade ?
Un coup de tonnerre dans le ciel tourmenté ?
Peut-être la fin de mes tourmentes : " La fin du paiement de ma dette
au monde !
Enfin mourir tranquille, avec elle, avec l'amour ensemble la main dans la main
! "
" Le coup de foudre ? "
" Oui le coup de foudre, Par courrier électronique ! "
Raconte dis-je à ce curieux volatile :
" J'appréhendais beaucoup le moment ou elle me proposa un dialogue
direct, communiquer simultanément ensemble. Je lui ai dit que je redoutais
cet événement, que j'étais je crois en quête d'amour,
que j'étais troublé, je craignais cette intimité et mon
infirmité que je ne pouvais pas combattre ? "
" Quel infirmité ? "
Ce besoin ardent d'un amour total, absolu, hors circonstances que s'imposent
les humains, mais dont les oiseaux se foutent éperdument.
Voici presque texto ce dialogue, il faut que tous les humains sachent cela pour
devenir oiseau :
Mélisande :
" coucou mon ti frère, dis-moi comment vas-tu ? Oh combien je regrette
que tu te sentes si mal et je suis très proche par la pensée
ça tu le sais
mais que puis-je faire d'autre ? "
Pelleas :
" M'aimer, Marie mère de Jésus qui est amour. "
Mélisande :
" Bien-sûr que je t'aime quelle question ? "
Pelleas :
" Oh, je pleure comme une Marie-Madeleine, le reste est sans importance
"
Mélisande :
" Oh ! pleure si cela te fait du bien et te soulage, voilà, je vais
pleurer avec toi. "
Pelleas :
" Oui, cela fait du bien, je n'avais que cette idée en tête
depuis quelques jours et je n'osais pas te le dire, je suis un grand idiot et
je te jure que je pleure. "
Mélisande :
" Oh ! cela va te détendre après tu te reposeras et te sentiras
tranquille mon ti frère
"
Pelleas :
" Bon, revenons sur terre, mais n'oublie jamais ce que je t'ai dit, parce
que je ne sais pas si j'aurais la force de te le redire ! "
Mélisande :
" Tu me revois ? "
Pelleas :
" Oui, je ne vois que tes yeux et on a cassé la glace avec un fer
rougi "
Mélisande :
" Il y a du soleil et je suis rouge gorge pour toi chaque matin. "
Pelleas :
" Oh ma Mélisande ! "
Mélisande :
" Aime ton image, elle est gratifiante. "
Pelleas :
" Ca y est, je repleure merdre ! "
Mélisande :
" Prends mon mouchoir mais tu me le rends car je m'en sers aussi "
Pelleas :
" Je deviens fou : dis-moi comment t'aider ? Dis-moi que t'écrire
? "
Mélisande :
" Oh ! Mais tu m'aides à chaque courrier et à chaque moment
tu sais. "
Pelleas :
" Mais c'est plutôt moi qui n'arrive pas à t'aider, toi tu
m'apportes tout "
Mélisande :
" Je voudrais que tu reprennes confiance en toi, que tu te sentes bien
dans ta peau, moi, je te trouve bien physiquement et moralement. Tu as vu, moi
j'écris toujours peu et ça me fatigue tout de suite, j'ai plein
d'idées dans la tête, mais de là à pouvoir les exprimer
!Ce n'est pas gentil que de dire ce que l'on pense "
Pelleas :
" Oui ! "
Mélisande :
" Par contre c'est méchant de dire ce qu'on ne pense pas ! "
Pelleas :
" Oui Marie, je veux dire oui Mélisande "
Mélisande :
" En psychiatrie, ils m'avaient attaché avec des menottes, et puis
"
Pelleas :
" Je t'en conjure pour l'amour de tous les oiseaux, sauf des rapaces qui
sont comme les hommes de méchants oiseaux, ne me torture plus avec ça,
j'ai une compassion infinie, ce que tu souffres je l'ai souffert, je t'en supplie
Marie cur de Mélisande ne me fait plus souffrir pareillement. Dis
moi plutôt que tu veux vivre, ne me dis pas que tu penses au suicide,
je ne veux plus te quitter ! "
Mélisande :
" Je ne pense plus au suicide, et ne veux pas te quitter ! "
Pelleas :
" Ouf, je respire, ça y est repasse-moi ton mouchoir ! Je ne veux
plus que quelqu'un te fasse du mal ! "
Mélisande :
" Moi non plus je ne supporterais pas qu'on t'en fasse. "
Pelleas :
" Tant mieux, regarde le soleil serein que tu as mis dans ma tête
et ma fol amour excentrique que tu as déposé dans mon cur
! "
Mélisande :
" WOW ! "
Cet oiseau qui m'avait raconté sa drôle histoire, ce petit prince
des oiseaux m'avait abasourdi et médusé. Pourquoi donc me raconter
chose pareille moi qui ne connaissais rien au chant des oiseaux, et pourtant
qui les écoutais chaque matin. C'est peut-être à ce moment
que vacilla un certain nombre de repères que l'on m'avaient tisonnés
dans la tête.
Je ressentis violemment l'absurdité d'un monde qui veut conjuguer des
règles d'amour dans des lois, des frontières, là où
règne le mystère le plus opaque. Où va l'amour et le monde,
qui pourra le dire ? La vie est une embrouille 'indémêlable' qui
aime qui ? Comment ? Quand et pourquoi ? Ne sommes-nous pas le jouet de circonstances
?
" La réalité ne me semble pas réaliste "disait
le regretté Marcel Marïen.
Peut être la ligne de conduite est-elle de se faire du bien en n'en faisant
encore plus aux autres. C'est, je crois une bonne ligne de conduite. Que Mélisande
aime, adore son mari, qu'elle aime ses amis, et sa famille oui, ses gentilles
surs et neveux, qu'elle cavale sur internet chercher d'admirables âmes
oubliées, elle aura en plus un grand amour : son Pelleas. Que Pelleas,
ne blesse pas sa femme, qu'ils vivent en harmonie avec elle s'aidant l'un et
l'autre, qu'il aime son fils, correspond puisque c'est sa vocation avec d'autres
âmes en détresse, il aura un grand amour en plus et ce sera sa
Mélisande.
Et Pelleas et Mélisande s'aimèrent du grand amour impossible,
incompréhensible pour qui n'est pas oiseau.
C'est pour cela qu'ils devinrent sans s'en rendre compte oiseaux tous les deux
et gazouillent tous les deux tous les matins, Pour entretenir leur flamme ils
se répètent souvent : " je t'aime ", je " t'aime
" ce qu'ils disent ne regardent pas les humains qui ne peuvent de toute
façon les comprendre.
La seule chose que je sais c'est : qui est Pelleas et qui est Mélisande
maintenant. Mais c'est un grand secret qui n'est pas pour les grandes personnes.
Ce sont deux oiseaux parlant la même langue qui se réconfortent
mutuellement et qui vivront éternellement ensemble. Quand l'un sera mort
l'autre le sera aussi,
Mais il renaîtront aussi, car, a-t'on vu l'amour à jamais disparaître
? Comme le beau phénix, il renaît de ses cendres.
Cherchez bien et vous trouverez qui est Pelleas et qui est Mélisande
. C'est peut-être vous avec un (ou une) autre qui vous cherche ?
C'était l'histoire d'un homme et d'une femme devenus oiseaux par la grâce
de l'amour.
" Sans amour on est rien du tout " chantait Edith Piaf.
Et piaf, c'est un nom d'oiseau, vous ne trouvez pas ça un peu curieux
?
C'est pourquoi il faut toujours faire venir à soi tous les petits oiseaux.
TRISTAN, le 14 janvier 2002.
L'oiseau AMOROSO - 2
Mélisande :
" Mon ti frère, bonjour et comment vas-tu ? "
Pelleas
" Ah, Mélisande, je t'ai cherché tout le jour, toute la nuit,
et je n'ai pas reçu la réponse à mon message. J'étais
terriblement inquiet. Je pense toujours à ta maladie et aux méchants
virus qui courent sur internet. "
Mélisande :
" J'ai reçu ton beau mail tu sais, tu peux le mettre sur ton site.
"
Pelleas :
" As-tu aimé mon texte " l'oiseau amoroso " ? "
Mélisande :
" Très beau et très émouvant, c'est ce texte que je
veux voir sur ton site. "
Mélisande :
" As-tu vu le petit moineau dans la publicité sur la pollution ?
"
Pelleas :
" Non, je regarde si peu la télévision "
Mélisande :
"
qui chante si bien, ben ça c'est nous. "
Pelleas
" Sur tes photos tu commandais la course au soleil, de l'autre tu montrais
les mouettes, et tout ce qui était vivant t'obéissait, même
les poissons t'obéissaient et bondissaient hors de l'eau pour te saluer.
"
Pelleas :
" Mais pourquoi m'aimes-tu si fort ? pourquoi je t'aime tant ? "
Mélisande :
" Oh ! les miracles de la souffrance et du net ! ça donne des coups
de foudre ! "
Pelleas :
" Oui, je t'aime, on s'aime, mais c'est un grand secret, il ne faut le
dire à personne. Personne ne doit savoir qui est Pelleas et qui est Mélisande.
Je connais l'histoire écrite de Maurice Maeterlinck, il y en a d'autres
forcément, c'est une histoire de tous les temps que se racontent certains
hommes. C'est de la mythologie
Chez Maeterlinck, Mélisande pleure perdue dans une forêt près
d'un ruisseau. Elle trouve le prince Golaud. Il essaie de la consoler, elle
est farouche . il voit une couronne dans l'onde pure. Il questionne, elle répond
qu'elle ne veut plus cette couronne. Golaud n'insiste pas. La ramène
dans son château et on apprend qu'il l'épouse.
Ensuite Mélisande fait connaissance de Pélléas, le demi-frère
de Golaud, Et l'histoire suggère , c'est ça qui est magique, qu'ils
tombent éperdument amoureux l'un de l'autre.
Golaud, se rend compte qu'il se passe quelque chose : il veut savoir, tend des
pièges. Un jour Pélléas dit à Mélisande :
" je dois partir ", " Pourquoi ? " demande Mélisande,
" Mais tu ne vois pas ? c'est parce que je t'aime ! "
Mélisande répond : " Je t'aime aussi !
On a cassé la glace avec du fer rougi " ( tu sais rappelles-toi
ma mélisande à moi, je l'ai écrit cette phrase dans notre
première rencontre, je l'avais en mémoire.)
Bon, je résume : Golaud tue Pélléas, et Golaud se torture
lui-même : il veut savoir la vérité, il veut savoir "
s'ils se sont aimés d'un amour défendu ", et Mélisande
ne comprend pas sa question. Golaud hurle de douleur de ne pas savoir la "
vérité " et par magie, à ce moment Mélisande
disparaît, et le spectateur devine qu'elle repart jeter la couronne qu'on
lui avait offerte.
Et on revient au début ! "
Pelleas
" Tu comprends toute la magie de l'amour face à l'être humain
qui veut savoir, ce qu'il ne saura jamais. Tu comprends cette idée puissante
d'un amour divin, éternel, qui dépasse l'homme ! Et que Maeterlinck,
sait suggérer admirablement.
Tu comprends Mélisande ? "
Mélisande
" Oui, je le comprends "
Pelleas :
" Et moi je m'étais mis dans la tête que j'étais Pélléas
! Mais je n'avais pas trouvé de Mélisande ! "
Mélisande
" C'était avant de me connaître "
Pelleas
" Oui, parce que maintenant je t'ai trouvé, j'ai trouvé ma
Mélisande, je t'apporterai l'opéra quand j'irais te voir, et si
tu n'aimes pas la musique, tu liras l'histoire. "
Mélisande
" Mais on ne va pas mourir à la fin ? "
Pelleas
" Bien-sûr qu'on va mourir, comme les autres, tout le monde meurt
et chacun se cache et a peur, nous, nous n'avons plus peur car nous avons cet
amour ! Je me laisse aller par les flots de cette ivresse, je ne sais plus ce
que je dis, ni ce que je fais, je ne sais pas si c'est bien, ou normal ou moral,
je suis emporté par un torrent poétique miroir de l'Adriatique
! Voilà pourquoi je t'aime Mélisande, je t'ai tant cherché
! "
Mélisande
" Oh ! qu'il est beau ton jardin secret. "
Pelleas
" Oui, un beau jardin secret que ne connaissent que les oiseaux ! "
Mélisand
" Non, même pas eux "
Pelleas
" Oui, il n'y a que nous deux et l'amour sur terre, je ne vois rien d'autre.
"
Mélisande
" Ça oui ! "
Pelleas
" Et l'amour se cultive comme un beau jardin "
Mélisande
" Pour devenir un vrai paradis ! "
Pelleas
" Pour cela , il n'y a qu'une recette, il faut se le dire souvent qu'on
s'aime et cela entretiendra notre petite flamme ! il faudra aimer aussi XXXXX
et ta famille, oui, je le veux il faudra aimer tout le monde ! sauf que nous
deux, ce n'est pas pareil. Il faudrait quand même m'écrire plus
souvent, juste un mot ou deux pas plus car je sais que tu es souffrante, sinon
je souffre trop. Cet amour est d'une voracité ! "
Mélisande
" Tu as raison ! mais dis-moi comment vas-tu ? comment vont tes correspondantes
? "
Pelleas
" J'ai deux correspondantes que je veux conserver, les autres se sont évanouies,
elles continuent de surfer à cette heure. Peut -être que je referais
une annonce pour en avoir d'autres, mais ne va pas croire que je leur dis à
toute je t'aime. "
Mélisande
" Bien -sûr que si ! "
Pelléas
?
Mélisande,
" Non, je plaisante bien sûr ! "
Pelleas
" Tu sais je débute avec les autres, il y en a une avec qui ça
va, l'autre elle me
cause des frayeurs ! "
Mélisande
" Pourquoi mon Pelleas ? "
Pelleas
" Voilà comment ça commence :
" rien ne se bouscule
tout est en ordre est (et ?) rangé
a droite ce que je ne comprends pas
a gauche ce que je ne veux pas comprendre ". c'est moi qui ne la comprend
pas, c'est un compartiment de chemin de fer dont elle parle ou quoi ? A chaque
fois je lui fais une lettre explicite pour lui dire que je ne suivais pas, elle
ne comprends toujours pas. Je ne sais plus quoi dire ! L'autre fois elle pénètre
dans ma chambre d'hôpital, alors que je refaisais une hémorragie
du moi. Et tu sais comment ça saigne ces trucs là ! Sans frapper,
ni dire bonjour la voilà partie dans un torrent d'imprécations,
de castagnes, de discours écrits à vau l'eau, avec de très
belles choses puis soudainement du sabotage, des salmigondis, des justifications,
des questions, des retours, des ceci et cela, cela va à droite, cela
va à gauche, je suis comme ceci, puis comme cela, des paradoxes, des
mélanges de tout, puis des émerveillements, (elle sait écrire
de merveilleuses choses que je ne saurais peut-être pas) puis un récit
scabreux avec un revolver, tu sais le genre de machins que l'on jette tous les
jours au fond d'une poubelle télévisée, elle voulait, me
semble t-il que je témoigne, que je me batte pour ou contre elle, je
ne le sais pas .
Elle me fait des " Non monsieur, je ne te dirais pas avec douceur quelque
chose qui ne me plaît pas " plein de choses épris d'une haine
que je ne comprends pas ! Elle pose sans cesse des questions comme Golaud !
Peut -être se prend-elle pour la gouvernante du monde ? Elle me rappelle
le général (ma femme) qui loge chez moi ! Gouverner est son séant,
je ne sais pas . Elle écrit à vau l'eau, comme ça lui vient
des pages et des pages, l'essentiel étant je crois pour elle de dire
tout ce qu'on veut sans se relire, ni penser à celui qui le lit, le plus
rapidement possible pour être, sans entrave, le plus spontané possible,
donc le plus authentique, donc le plus vrai ! c'est une vraie formule mathématique,
une véritable équation :
vivacité = spontanéité = authenticité = vérité
= beauté , cette fille-là, elle fonctionne sur des rails ! C'est
une locomotive ! "
Mélisande
" Oh ne lui en veut pas, c'est peut être une manière détournée
de t'apprécier ! En te montrant ce qu'elle croit être beau ! "
Pelleas
" Je suis un vieux singe, je connais la littérature, je ne veux
pas faire (trop de littérature) avec elle, je veux faire de la correspondance
d'entraide !
Je pense qu'elle a été déformée par son travail
avec les enfants comme moi avec le mien. Quand je lui dis que je n'aime pas
les fautes d'orthographe, elle rigole, elle me juge ringard. Pour moi, faire
une faute, c'est comme si je faisais un gros caca dans sa mare à elle.
Elle ne comprend pas non plus et se moque de moi si je ne fais pas des ((((((((((((((
et autres trucs comme ça. Alors dans ma dernière lettre, j'ai
tout donné pour être explicite, une fois de plus, Enfin n'y pouvant
plus, je lui ai cité Georges Sand,
Je lui ai promis des merveilles à la clé, je lui ai, je lui ai
dit " commence par me dire que tu m'aimes un peu ! Moi j'ouvre le feu le
premier et je te le dis. Après on verra ce qu'on pourra faire ensemble
! J'attends juste un petit message d'amour de toi en préambule ",
et je ne l'ai pas eu !
Et elle a recommencé ses " racontades ", sans même me
dire bonjour !
Je ne sais plus quoi lui dire ! "
Mélisande
" Oh moi aussi, je fais des fautes et j'utilise des émoticons ,
je t'ai appris à les utiliser "
Pelleas
" Tout ce que tu voudras, mais pas ça. Te dire : " Je t'aime
" me comble de bonheur, pourquoi aurai-je besoin d'autres choses. Quel
émoticon faut-il pour décrire l'envie que j'ai de te prendre dans
mes bras, de te serrer fort ? et de respirer ton haleine de femme ? "
Mélisande
" Toi aussi tu as été dadaïste fut une époque.
"
Pelleas
" Oui, je l'ai été et je connais bien ce mouvement, son origine,
j'ai conversé avec des personnes expertes là-dessus, j'ai même
écrit " le remanifeste 1998 " qui est sur mon site. A mon avis
c'est le livre à lire d'abord quand on arrive sur mon site. Malheureusement
le dadaïsme est mort. Il a été créé par des
intellectuels pour des intellectuels. Mais j'ai tourné la page et pourtant
je m'y suis donné. Je connais le jeu fou du néant, " faisons
n'importe quoi, il en restera bien quelque chose. "
Par exemple quand elle dit " Je peux recevoir et donner, puisque rien ne
m'appartient et que tout est à moi. ".c'est du dadaïsme, puis
que c'est l'inverse d'une logique intuitive. C'est comme jouer du piano en tapant
sur n'importe quelle touche, et se persuader que cela est beau. "j'apprécie
le dadaïsme, la déconade, mais ce n'est pas ce que j'attends d'elle
pour aller se promener en se tenant la main . Elle m'a envoyé une photo
avec sa petite fille, elle est jolie, elle me plaît bien. "
Mélisande
" Pélléas me dire ça à moi qui suis si possessive.
"
Pélléas
" Oh ma Mélisande, je t'ai vexée. Mais le plus important,
c'est qu'elle veuille aller sur mon site, et j'en suis fier !, Mais elle me
dit qu'elle a des difficultés pour télécharger. Je crois
qu'elle est anti-discipline par nature, elle veut appuyer sur un bouton et puis
que ça marche tout seul, et si possible dans la seconde qui suit.
Je n'ose lui dire qu'il faut être ultra précis, si elle a un problème
de téléchargement, elle faut qu'elle me dise exactement sur quoi,
dans quelle version, sous quelle forme, il est évident qu'un format A4,
n'a pas le même nombre de pages qu'un format A5. Si elle n'a que dix huit
pages, est-ce les premières ou les dernières etc.
Mais elle devrait imprimer d'abord les textes courts, puis les poésies.
Pour les livres, je les ai relié chez moi, je peux lui en envoyer, à
condition qu'elle soit vivement intéressée . Car si tout est gratuit
sur mon site, moi j'ai payé du maquettage, des droits d'auteurs, sur
un dessin, et que j'ai les possibilités légales de demander des
droits d'auteur. "
Mélisande
" Je ne veux pas que l'on te fasse du mal mon Pelleas "
Pelleas
" Moi non plus tu le sais bien "
Mélisande
" As-tu toujours été fidèle à ton épouse
? "
Pelleas
" Je te dois la vérité, chez moi amour charnel et amour physique
sont dissociés totalement. Pour l'amour physique, je pourrais faire l'amour
avec toutes les femmes de la terre. Bien sûr, il y a énormément
d'hommes hypocrites qui te diront que chez eux ce n'est pas vrai. Tu sais comme
on dit ici " si Brigitte Bardot vient dans mon lit, je n'irai pas coucher
dans la baignoire ! ".
Mélisande
" Ça leur convient tellement ! "
Pelleas
" Ce n'est pas une question de convenance mais de mécanique à
faire marcher. "
Mélisande
" Moi, je fais l'amour avec personne, ma déprime est trop ancrée,
ma libido est bloquée, je fais juste un calin et tient la main de mon
mari "
Pelleas
" Je t'accepte comme cela, Mélisande, mais tous les soirs, je fais
l'amour avec toi "
Mélisande
" Oh ! en fantasme ! "
Pelleas
" Oui en fantasme et avec les mains ! "
Mélisande
" Et actuellement, tu pourrais coucher avec une femme qui t'accepterai
? "
Pelleas
" Réellement, cela ne se posera pas. Je n'ai eu jamais un défilé
de volontaires chez moi ! Même si à une lointaine époque
je cherchais, je n'ai eu aucune maîtresse, parce que je n'ai pas su y
faire !A part la visite éclair des prostituées qui sont un souverain
remède pour tuer l'amour ! et puis avec ce que l'on vit actuellement
tous les deux, je ne sais plus, je crois que je ne pourrais pas ! Et puis il
y a ma femme qui est inscrite pour toujours dans ma vie, dans un destin et un
amour ancien réciproque qui court toujours avec ses grandes pattes.
Dis-donc, j'ai l'impression que tu me testes, que tu me pousses dans mes retranchements
ultimes ! "
Mélisande
" Non
heu
je ne te teste pas. Prends bien soin de toi et mille
bisous mon ti frère chéri ! "
Pelleas
" Au revoir donc, et soit à notre rendez-vous dans notre cachette
secrète xxx à xxx heures. "
Oiseau amoroso 3
Soliloque de l'oiseau
Un jour, une heure, une nuit, hier ou demain, je ne sais plus l'oiseau me raconta
cette histoire :
" Je regarde assez peu la télévision, sais-tu. J'ai l'impression
de subir, et même que l'on me vole mon imagination, certaines fois cela
me rend d'une jalousie furieuse . Je vais m'expliquer. " Je suis d'un naturel
fragile, mes plumes sont de la fine ouvrage. Quand il s'agit d'amour, les hommes
et femmes se donnent de telle façon que l'on devient jaloux à
se rendre malade. Pour trouver une compagne, il a fallu que je tente des manuvres
audacieuses et périlleuses. Et puis faire l'amour cela se passe plutôt
mal chez moi. Sûrement pas comme dans les films. Alors regarder tout ça
!
Alors pour tuer le temps, je regarde l'émission de télé-achat
où des baragouineurs vantent les mérites de la nouvelle casserole,
avec tous les arguments qu'il faut pour fasciner la ménagère et
lui faire ouvrir son porte-monnaie. Quand on en arrive là, c'est qu'on
a vendu son âme au diable. Ils vendraient père, mère et
enfant pour s'acheter la piscine gonflable de leur résidence secondaire
ces gredins. Je les imagine brûlant dans le feu éternel de l'enfer
!
Mais il y a pire encore. Une jeune femme à qui je demandais par politesse
ce qu'elle regardait à la télévision, me fit une longue
liste. Je répondis qu'hélas je ne regardais rien de tout cela.
Elle ne m'a jamais réécrit !
Il y a pire encore : A l'hôpital, aux entrées, on me demande si
je veux la télévision : je réponds non : suspicion. Est-ce
que je veux une chambre seule ? je réponds : non vu le prix très
élevé. Alors ils m'ont collé dans un réduit sous
les toits. Au bout d'un long moment un grand noir hilare est venu dans ma chambre
en poussant une télévision et en disant : " coucou, une bonne
surprise : je vous apporte la télé ! Alors je n'ai pas osé
dire non et ainsi j'ai eu la télé que je n'ai pas allumé
bien-sûr. Je ne pouvais quand même pas dire non ! Il pensait tellement
me faire plaisir !
Aujourd'hui, j'ai appris qu'ils songent sérieusement à mettre
des télés dans les salles de réanimation : "pour donner
des repères aux malades qui s'éveillent ", j'ai appris cela,
à la télé bien sûr, le 19 janvier 2002. C'est peut-être
ce qu'ils appellent humaniser les hôpitaux !
Il y a beaucoup trop de technologies, de machines, et de trucages, l'homme est
en train de se déshumaniser. Mon imagination étant libre : tout
est réel ! c'est pourquoi j'aime à laisser vagabonder le soir
mon imagination, des fois c'est un grand amour qui me prend, et je lui laisse
le mot de la fin.
Mais ce grand amour est volage, il vole comme le zéphyr :
On imagine une personne par les échanges de correspondances.
C'en est une autre dans la conversation
Encore une autre au téléphone
Et puis aussi au moment de la rencontre physique.
Sans compter, dans quelques cas, en vivant sous le même toit.
Pelleas et Mélisande s'aimaient d'amour,
Et personne ne sait ce qui leur est advenu, ni d'elle, ni de lui !
Et cela n'a aucune importance.
Et voilà qu'un jour, en habit de philosophe, un jour, l'oiseau est revenu
Il demanda : " Que faisait l'amour avant que l'Homme le mette en cage ?
"
Personne ne répondit, parce que personne ne savait.
L'oiseau : " l'amour n'a pas de limite, il peut grimper les montagnes "
Et tous, en vérité, furent stupéfaits.
L'oiseau : " Et quand il arrive en haut de la montagne qu'est-ce-qu'il
fait ? "
Il redescend, dirent les uns,
" Vous êtes réalistes "répondit l'oiseau.
" Il monte encore " dirent les autres
" Vous êtes donc idéalistes " dit l'oiseau
Et si, dit l'oiseau, vous me rétorquez : " je réfléchis,
mais je n'ai pas les moyens de savoir, j'imagine ce que je peux, c'est là
que s'arrête mon pouvoir "
Vous êtes une sorte de nihiliste, espèce très rare, vous
n'avez pas forcément raison, mais vous êtes sûrement prêt
à admettre que l'amour est comme le vent, on le sent mais on ne le voit
pas, il est là souvent, des fois il s'arrête, change de direction,
il nous pousse, nous caresse, des fois c'est un vent furieux qui démolit
tout, un vent glacé qui nous mord cruellement, on ne sait d'où
il vient ni ou il va, mais il fait tourner les moulins du cur.
TRISTAN janvier 2002