LES POIGNANTS
( JOFFRE M'A TUE )

Sylvaine avait froid.
Sylvaine a toujours froid quand il fait moins de 25 degrés à l'ombre.. C'était une mauvaise journée de février, seule la route était belle, droite, bien goudronnée ; et avec notre limousine, nous tracions du chemin sur la nationale deux. On est heureux nationale deux, cela rime mieux que nationale sept. N'est-ce-pas ? Nous étions partis, je veux dire mon bonhomme de neige et moi pour Crépy-en-laonnois pour acheter des statues en pierre reconstituée : des Vénus, des Cupidons, des Dianes, des Apollons… De quoi s'offrir un riquiqui Versailles à Dourdan. Le vent était bon, notre goélette filait 25 nœuds, et pas des petits, non, des nœuds double. Soudain, au loin, une curiosité, comme une immense baïonnette dressée sur le bord de la route. Nous nous arrêtâmes sur le bas-côté. Le paysage avait brutalement changé. C'était comme si nous étions sur le dos d'une baleine harponnée depuis peu. D'énormes gerbes de liquide rubicond jaillissaient partout. Des hommes besognaient d'énormes tonneaux dans lesquels fumait un étrange breuvage rouge sang. Ils étaient très nombreux mais rien que des hommes, pas de femmes. Ils s'affairaient : les uns à pomper de l'eau du sol, les autres à réunir toute sorte d'ingrédients pour élaborer la mixture. Ils parlaient fort mais une langue que je ne reconnaissais pas. Tout le monde s'agitait, tous s'affairaient. Les uns pilaient la garance, les pétales de coquelicot, les briques d'argile, le mox. Les autres dissolvaient les colorants obtenus dans de vastes barriques. Une fois les barriques pleines ils les transvasaient dans des tonneaux plus petits. Ensuite ils roulaient les tonneaux jusqu'au quai d'embarquement. Là, un petit train les promenait sur le dos de la baleine, puis déchargeait la cargaison dans des tranchées soigneusement creusées pour cet effet. Tous pouvaient prendre leur bain. Du beau travail en fait. Nous étions stupéfaits par tant d'efficacité. Nous repartîmes sur la route, le cœur léger, l'âme satisfaite devant tant de beautés, d'ailleurs on avait donné un nom fort joli à ce lieu : Le chemin des Dames.
Nous poursuivîmes notre voyage jusqu'à destination, achetant deux jolies statues en véritable pierre reconstituée, puis nous dinâmes à Laon dans un restaurant local à l'accueil chaleureux : un restaurant tunisien.
Au retour nous ne trouvâmes point l'endroit qui grouillait d'activités. A la place il y avait une pancarte directionnelle indiquant : " La caverne du Dragon. "
Nous nous y sommes rendus, et là le gardien des lieux nous raconta un épisode de la guerre de 1914/1918 : l'offensive Nivelle. J'achetai alors le livre intitulé " Paroles de poilus ", un florilège de lettres et de carnets du front sélectionnés parmi 8000 lettres collectées par Radio France pour sa campagne de souvenirs. Je les ai tous lus et j'en recommande la lecture, mais avec ce trésor j'allais pouvoir mieux comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là.

POURQUOI des millions de jeunes hommes en sont advenus à s'entredétruire ?
COMMENT ont-ils vécu ces moments de folie ?

Avant, je me remémorai mes vacances en Autriche, une année pluvieuse en juillet. Nous étions à Bad-Ischl. Nous visitions le palais d'été du vieil empereur d'Autriche-Hongrie : le citoyen ( terme utilisé pour appeler Louis seize lors de son procès ) François-Joseph.
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Le palais d'été était rempli de trophées de cerfs accrochés un peu partout. Des centaines de têtes de malheureux cerfs chassés par l'infâme empereur autoritaire. Sa suffisance chassait, elle partait en campagne tirer au fusil les malheureux animaux .
Les cerfs n'ont pas suffi.
En 1914, l'empereur signa, de sa retraite de campagne, la déclaration de la chasse à l'Homme !
Dès lors, la vision du chemin des Dames prenait son sens : c'était la guerre. Le bain … c'était un bain de sang.

POURQUOI ?
Le livre en main, je savais que j'allais toucher du grand :

" Pourquoi faut-il qu'une angoisse sourde m'étreigne le cœur, si c'était en manœuvres, ce serait très amusant ; mais voilà, après-demain, dans 3 jours peut-être les balles vont pleuvoir et qui sait ? Si j'allais ne pas revenir, si j'allais tuer ma mère, assassiner ma mère, volontairement ? "
Les premiers doutes.

" Je ne peux croire que c'est le fumier qui fait la rose - et que notre pourriture acceptée par le camp et la tranchée, que notre révolte, que notre douleur feront de la justice ou du bonheur "
Encore des doutes.

" Je suis décidé à être un bon soldat très brave et j'ai la prétention de m'être déjà bien comporté au feu parce que c'est mon devoir et par amour de l'idéal : depuis deux ans, je me suis mis " au service de l'idéal " … /. .. " On doit être heureux et fier de pouvoir défendre sa patrie "
Plus de doutes.

" Va-t-on vraiment se battre ? Va-t-on vraiment se tuer ? "
Comment donc !

" L'emballement, l'enthousiasme braillard et provocant me manquent absolument, et les idées de revanche, de vengeance, de grandeur nationale sont pour moi toujours fausses et barbares. Mais on nous attaque, les Allemands viennent saccager notre pays, quand ils auront passé la Champagne, ils viendront chez nous et ce sont nos familles qui seront les victimes. Tant pis pour eux ! "
C'est bien vrai que la bataille s'est déroulée sur le territoire français.

" Il faut bien envisager la réalité, sans se monter la tête : la guerre est comme la fièvre typhoïde ; il faut la fuir, mais si on l'attrape, il faut lutter. "
Une comparaison audacieuse.

" Ah ! horribles gens qui avez voulu cette guerre il n'y a pas de supplices dignes de vous ! Hier, derrière le mur d'une ferme, j'avais vu, sac au dos, un réserviste du 129 ème, fusillé le matin : il avait volé une poule. "
sans commentaires

" Qu'est-ce que c'est qu'un Allemand, un Français !
Tout n'est pas perdu !

" Rappelle-toi aussi que le vrai bonheur ne se trouve pas dans la richesse et les honneurs, mais dans le devoir vaillamment accompli, ainsi que les bonnes actions. "
De la moralité.

" La mort de l'enfant est accablante et stérile, celle du père, une mort noble comme toutes les morts d'aujourd'hui, apparaît bien au contraire exaltante et féconde. "
Sans commentaire.

" J'aime le combat, la douleur, le feu, autant que je t'aime et que j'aime la vie. ..- car c'est l'amour qui nous donne des forces !- …mais je veux en être digne, je veux passer par l'épreuve du feu pour le mériter.
Savoir être digne.

" Je suis sergent et cité à l'ordre du jour. Je vais avoir la croix de guerre, aussi vous pensez si je suis heureux. "
La médaille comme aux jeux.

" Vous nous avez toujours dit que nous devions accomplir notre devoir entièrement malgré tous les sacrifices qu'il comporte ; le moment est venu, il faut chasser les barbares, les massacreurs de femmes et d'enfants, ceux qui ont voulu rabaisser l'homme au niveau des sauvages "
Les résultats de l'intox.

De l'autre côté, ce n'était pas mal non plus : " comme tous les villages de France que j'ai traversés, c'était un village crasseux : des tas de fumier et de vieilles ordures le long de la rue, devant les portes des maisons massives, aux fenêtres étroites et aux pièces sombres et sales, partout, des réparations de fortune, des bâtiments faits de bric et de broc. Et ne parlons pas des Françaises : semblables à des gitanes, pour ce qui est de l'habillement et de la propreté, et, à des juives, pour ce qui est des traits du visage… "

" Si je dois tomber …Je n'aurai fait que juste ce que le devoir commandait et je serai tombé comme tant d'autres pour une belle idée, un grand idéal. C'est une mort utile et heureuse que celle-là. "
Le dernier des romantiques.

Voici donc pour la plupart les pièges dans lesquels tombèrent nos futurs héros. Plus que l'amour de leur mie, l'amour de leur patrie, dussaient-ils en mourir ! Et on est parti, la fleur au fusil ! ", beaucoup priaient la vierge Marie. D'autres se résignaient… Il en a fallu de l'obéissance à tous ces manants. Il en a fallu de la persuasion et de l'autorité à leurs guides spirituels .
Amis, leur aurai-je dit, méfiez-vous des hommes en complet veston ou en uniforme qui se tiennent raides dans leur costume apprêté. Ils disposent de l'indispensable du nécessaire et du superflu. Ils sourient à tout le monde mais se montrent arrogants, ne disent jamais " je " mais " on " entourés de leur valetaille. Ils sont très malins et fiers. Ils ont un appétit vorace du pouvoir que vous leur laissez, subjugués que vous êtes par leur éloquence, leur savoir parler, leur dominance.
Amis de la terre, méfiez-vous des personnes qui prétendent être votre directeur de conscience pour une cause suprême et qui vous obligent à vous soumettre jusqu'à disposer de votre vie,
Maintenant que le bétail est dompté, on va le saigner sous l'aura de la patrie statufiée reconnaissante !

On se sent gêné, aujourd'hui, devant la jeunesse " d'avant nintendo " pour leur expliquer comment les jeunes de " 14 " se résolvaient tout simplement à donner leur vie pour " l'idéal " que l'on avait complaisamment aidé à se forger.
D'autres, plus sages suivaient… Berlin n'est pas si loin. D'ailleurs ils n'avaient pas le choix :

" Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place, plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée. " meugle le maréchal Joffre le 6 septembre 1914.

Alors, on va réellement se battre ? Entre Chrétiens ?
- La voix : " Il le faut "
- Alors on y va !

Et l'on va voir ce qu'on va voir !
On va leur faire voir !
On les aura !

Voici COMMENT :

" … Nous sommes un énorme troupeau de formidables douleurs "
Un éphèbe de Péguy.

" Réponse à un enfant de soldat qui réclamait à son père des balles allemandes et un casque de Prussien : " Pour les balles allemandes, je pourrai le faire. J'en apporterai quand je reviendrai. Pour le casque de Prussien cela n'est pas sûr. Ce n'est pas maintenant le moment d'aller les décoiffer. Il fait trop froid, ils pourraient attraper la grippe. Et puis mon pauvre Maurice, il faut réfléchir (1) que les Prussiens sont comme nous. Vois-tu qu'un garçon prussien écrive à son père la même chose que toi et qu'il lui demande un képi de français, et si ce papa prussien rapportait un képi de Français à son petit garçon et que ce képi fut celui de ton papa ? Qu'est-ce que tu en penses ? "
(1) Réfléchir, on ne le dira jamais assez.

" J'ai vu de beaux spectacles ! D'abord les tranchées de boches défoncées par notre artillerie, malgré le ciment et les centaines de sacs de terre empilés les uns au-dessus des autres ; ça c'est intéressant. Mais ce qui l'est moins, ce sont les cadavres à moitié enterrés montrant, qui un pied, qui une tête ; d'autres, enterrés, sont découverts en creusant les boyaux. Que c'est intéressant la guerre ! On peut être fier de la civilisation. "
Sans commentaire

" Ils ont de la boue à moitié jambe ; nous avons parlé toute l'après-midi ; j'étais content de savoir des nouvelles, mais ils ont du mal ; tous les jours il faut qu'ils prennent des vieux seaux (et)casseroles et qu'ils sortent l'eau à mesure et je me dis que c'est une véritable guerre de taupes. Ils font des souterrains comme dans une cave et des escaliers pour descendre ; le soir, ils font du feu dedans et sortent dans la tranchée pendant que le bois brûle à grande flamme ; c'est pour sécher la terre et après ils s'introduisent pour s'y reposer pendant que deux sentinelles surveillent l'ennemi. "
Bouh la gadoue !

( En permission )

" A peine arrivés, les sacs débouclés, vite ! en quête de pinard ! Cher ! 0.80 F le rouge ! tant pis… malgré la température un peu basse, on a chaud et un litre c'est cent centilitres, un centilitre c'est pas grand et cent, c'est pas un si gros chiffre. Allons-y pour deux cents ! A trois heures du soir un vent de douce saoulerie soufflait, plus altérant que le simoun. Buvons ! ! Le porte-monnaie est hernieux…A cinq heures, les cafés s'ouvrent…Quelle ruée ! Les places sont chères et on n'ose les abandonner, même un instant, qu'au moment où, à force de prendre du liquide, il faut bien en évacuer un peu. J'y vais passer deux heures. La salle est surchauffée par ces haleines et sent la sueur et la crasse. Une table longue de salle d'auberge tiendrait trente buveurs gênés. Il y en a cent. La plupart sont debout, quelques-uns sont ainsi d'une fesse entre deux buveurs qui leur tournent le dos. Une odeur de mâle flotte, mêlée avec celle du vin répandu…
In vino veritas.

Retour sur le front " le souffle se perd. Je ne veux pas m'étendre trop sur des faits que vous ne voudriez pas croire tout en étant bien véridiques, mais je vous dirai que c'est honteux de mener des hommes de la sorte, de les considérer comme des bêtes. "
Sans commentaires

Visite d'un général aux soldats : … " Il passa en ligne, distribua force cigares et pipes ; causa avec quelques poilus…. Le pauvre bougre intimidé ne put qu'approuver d'un oui les questions habilement posées comme celles-ci : Es-tu sûr de la victoire ? Crois-tu que le civil tiendra ? L'ordinaire est certainement suffisant, n'est-ce pas ? … Vous êtes assez mal couché, mais c'est la guerre. Le tout dit de façon à ce que le soldat, déjà monosyllabique devant la hiérarchie n'ait pas le loisir de protester, en admettant qu'il en eut le loisir. Ne sait-il pas d'ailleurs qu'il serait lui-même la première victime de sa sincérité et qu'au surplus, on se moque pas mal de ce qu'il peut penser ; que cela n'importe pas… " ? sans commentaire

" De tranchées-Palace : Français et Allemands se sont serrés la main ; incroyable, je vous dis !
Voilà comment cela est arrivé : le 12 au matin, les boches arborent un drapeau blanc et gueulent : Kamarades, kamarades, rendez-vous.
Ils nous demandent de nous rendre " pour la frime " . Nous de notre côté, on leur dit autant ; personne n'accepte. Ils sortent alors de leurs tranchées, sans armes, rien du tout, officier en tête ; nous en faisons autant et cela a été une visite d'une tranchée à l'autre, échange de cigares, cigarettes, et à cent mètres d'autres se tiraient dessus ; Je vous assure, si nous ne sommes pas propres, eux sont rudement sales, dégoûtants, et je crois qu'ils en ont marre eux aussi. "
Si tous les gars du monde…

" Le jour de Noël, ils nous ont fait signe et nous ont fait savoir qu'ils voulaient nous parler. C'est moi qui me suis rendu à 3 ou 4 mètres de leur tranchée d'où ils étaient sortis au nombre de trois pour parler.
Je résume la conversation que j'ai dû répéter peut-être deux cents fois depuis à tous les curieux. C'était le jour de Noël, jour de fête, et ils demandaient qu'on ne tire aucun coup de fusil pendant le jour et la nuit, eux-mêmes affirmant qu'ils ne tireraient pas un seul coup. Ils étaient fatigués de faire la guerre, disaient-ils, étaient mariés comme moi ( ils avaient vu ma bague ), n'en voulaient pas aux français mais aux Anglais. Ils me passèrent un paquet de cigares, une boîte de cigarettes bouts dorés, je leur glissai Le petit Parisien en échange d'un journal allemand et je rentrai dans la tranchée française où je fus vite dévalisé de mon tabac boche.
Nos voisins d'en face tinrent mieux leur parole que nous. Pas un coup de fusil. On put travailler aux tranchées, aménager les abris comme si on avait été dans la prairie Sainte-Marie. Le lendemain, ils purent s'apercevoir que ce n'était plus Noël, l'artillerie leur envoya quelques obus bien sentis en plein dans leur tranchée.
Guerre et paix

" Ils avaient étayé leurs tranchées avec des morts recouverts de terre, mais, avec la pluie, la terre s'éboule et tu vois sortir une main ou un pied, noirs et gonflés. Il y avait même deux grandes bottes qui sortaient dans la tranchée, la pointe en l'air, juste à hauteur, comme des porte-manteaux. Et les " joyeux " y suspendaient leurs musettes, et on rigole de se servir d'un cadavre boche comme porte-manteaux. (Authentique) Je ne te raconte que des choses que je vois, autrement je ne le croirais pas moi-même…
Sans commentaires

" J'avais rêvé avant mon départ en permission que ces six jours seraient pour moi six jours trop courts de bonheur, et que partout je serais reçu les bras ouverts ; Je pensais avec juste raison je crois, que l'on serait heureux de me revoir, que moi-même je l'étais à l'avance à l'idée de passer quelques journées au milieu de tous ceux auxquels je n'avais jamais cessé de penser. Je me suis trompé ; quelques-uns se sont montrés franchement indifférents, d'autres sous le couvert d'un accueil que l'on essayait de faire croire chaleureux, m'ont presque laissé comprendre qu'ils étaient étonnés que je ne sois pas encore tué…
Je vais donc essayer d'oublier comme on m'a oublié, ce sera certainement plus difficile, et pourtant j'avais fait un bien joli rêve depuis deux ans. Quelle déception ! Maintenant je vais me sentir bien seul. Puissent les hasards de la guerre ne pas me faire infirme pour toujours, plutôt la mort, c'est maintenant mon seul espoir.
(Il mourut de ses blessures le 11 septembre 1916. (Son vœu a été exaucé)

" …La vie n'a jamais été pour moi une chose bien douce et l'avenir me paraît bien noir. Je ne ferai rien pour disparaître, je n'ai pas le sang d'un héros. J'ai même comme un frisson quand la mort me frôle de trop près et, machinalement, je fais ce qu'on appelle son devoir. Je suis un de ces millions d'anonymes qui forment l'instrument pour forger une page sanglante de notre histoire. Cette époque sera bâtie avec beaucoup d'héroïsme, de tristesse et de lâchetés. "
" Hier, ou avant-hier, au rapport, on a lu des lettres de prisonniers boches. Pourquoi ? Je n'en sais rien, car elles sont les mêmes que les nôtres. La misère, le désespoir de la paix, la monstrueuse stupidité de toutes ces choses, ces malheureux sont comme nous les boches ! "
Enfin !

" On a marché, on lutte tout le jour, l'effort physique étouffait en nous la pensée. Telles des bêtes fauves on allait les sens tendus, le cœur bandé comme un ressort neuf. Brusquement, un frisson est venu, puis une lassitude infinie et le besoin immense d'être doux, d'aimer, de faire des caresses, d'avoir des paroles exquises, et de se fondre tout entier dans un seul cri : Maman !
(N'oublions pas que ces malheureux étaient très jeunes, l'auteur avait 21 ans)

" On est accroupi, plié en six et on souffre atrocement de la faim et de la soif. Vers midi, Delamare lève un peu la tête - tac - il reçoit une balle dans la tête. Il retombe sur moi. Je lui fais un pansement et pendant deux heures il agonise, criant : " brancardiers, brancardiers…au revoir…je meurs. " Tout d'un coup il a des coliques, les excréments se mêlent à son sang. C'est horrible. Je vomis tellement ça sent mauvais. Et toute la journée, je dois rester ainsi dans une mare de sang. "
Et j'en termine sur ce témoignage pour répondre à la question que je m'étais posée 'COMMENT'. Ce témoignage nauséeux dépeint à lui seul ce qu'on appelle communément " les horreurs de la guerre " et je n'ai sélectionné que quelques passages, mais toutes les lettres relatent l'horreur la plus crûe dans ce qui fut l'entreprise la plus osée d'abêtissement de l'Homme.

Malgré tout, je tiens à terminer ce papier en citant des grandes tirades de Maurice Drans.
Maurice Drans avait vingt-trois ans en 1914. Né à Fresnay-sur- Sarthe, fils de commerçant, il avait fait ses études au Mans. Versé dans le 262ème régiment d'infanterie, Maurice fit lors d'une permission la connaissance de Georgette Clabault, une jeune orpheline avec laquelle il se fiança en 1916. Blessé trois fois pendant la guerre, Maurice épousa Georgette mais leur couple ne dura pas. Comme tant d'autres, Maurice devint instable et bohème. Il exerça mille et un métiers. Il resta toute sa vie homme de lettres et obsédé d'écriture.
Si je le ressuscite aujourd'hui pour moi, pour vous, c'est pour ses qualités littéraires incroyables propres à lever des pierres tombales avec ses larmes.
Maurice. Il faut, il le faut écouter mugir.
Car Maurice avait le sens du sublime, de la transcendance.
Maurice, j'en tremble…
Maurice tes larmes sont les miennes.
Maurice, ton souvenir sera gravé dans les mémoires de ceux que j'atteins avec ta plume d'au-delà l'humain.
La guerre ne doit pas être réduite à des montagnes d'atrocités.

Jeudi 17 mai 1917
" Pauvre agneau,
Tu me vois couché, les yeux clos, et c'est une épouvante. Et moi j'ai peur de mourir. Au lieu de chasser l'image, je m'y complais, car la suggestion et directe et constante. Au lieu de passer sur ton regard le bandeau ouaté de l'illusion, je trace sur ton front, dans son idée, une croix rouge ! Te voilà toute frissonnante, tes chères mains brûlantes, toute convulsive comme une fleur, mon aimée ! Hier un glas a tinté, tu t'es agitée, tes beaux bras se sont repliés sur moi comme un cadavre. Non je ne veux pas qu'il meure… ! Je ne veux pas ! Et moi j'étais cause de ton martyre. J'avais soufflé brusquement la petite lampe à abat-jour vert intime et qui nous dorait d'extase à nous contempler, et tu te trouvais dans les ténèbres. Dans mes draps de mort, j'entendais ta plainte, et ton âme expirée. Tu m'avais pris et nous nous emportions, nous montions, la-haut, avec nos âmes, dans le ciel. Pourquoi t'ai-je dit cela ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi t'ai-je fait goûter à cet avant-goût de la mort si jeune ? Et me pardonneras-tu ? Certes, je frôle si souvent la mort. Des champs livides des cieux funèbres s'allongent dans mes prunelles fixes et horrifiées si souvent, que, peut-être, sans secousse, délicatement je me devais de t'en effleurer, au cas où ton cœur s'endeuillerait de ma perte, Dieu m'appelant. Alors il ne faudrait pas trop pleurer, pleurer un peu, te souvenir, et refaire de la vie, de l'amour, de la joie d'aimer, et du bonheur de vivre. Si jeune ! Vingt ans ! Celui-là qui viendrait après moi et qui dirait-je vous aime ! Il faudrait l'aimer, le chérir aussi, et partager le Destin ! Tu auras besoin de te faire un guide, un soutien, un protecteur, de te créer un foyer, le sanctuaire du foyer avec ses promesses, ses récompenses… Et ce culte de vivre, il n'en faudrait pas rougir, mais t'en glorifier, ma chérie !
Avant-hier soir, dans l'encre bleue de la nuit, je parcourais sur la terre les signes de croix de l'au-delà…C'était l'éparpillement macabre du cimetière sans couverture, sans croix, abandonné des hommes, les gisements épars des cadavres innombrables, sans sépultures, le charnier à nu dans le grouillement des vers et dans les pluies d'obus qui continuaient. Plus d'un millier de cadavres se tordaient là déchiquetés, charriés les uns sur les autres… Je traînais de la nuit vers les lignes, mon fardeau de pièces sur le dos ; je défaillais ; dans ma bouche, dans mes narines ce goût, cette odeur ; l'ennemi et le Français sympathisant dans le rictus suprême, dans l'accolade des nudités violées, confondus, mêlés, sur cette plaine de folie hantée, dans ce gouffre traversé de rafales vociférantes. L'Allemand et le Français pourrissant l'un dans l'autre, sans espoir d'être ensevelis jamais par des mains fraternelles ou pieuses. Aller les recueillir, c'est ajouter son cadavre dans cette fosse toujours béante, car insatiable est la guerre… Chaque nuit, nous longeons cette géhenne pétrifiée où s'agitent les spectres, le cœur chaviré, nous bouchons le nez, les lèvres crispées.
Ô ma Georgette, je devrais te parler d'amour, et je te parle de ça !….

21 mai 1917

Ma chérie,
…. Avant-hier soir, étant de corvée de soupe avec Nicolas Leroux, je passais ma main sur l'échine pelée d'une des pauvres haridelles de notre " roulante. " Pauvre bête, disais-je lamentable qui cache une âme pacifique avec ton grand œil mélancolique fixé sur quelque rêve de prairie, tu ressembles à tes frères les hommes de la tranchée ! Tu peines et tu es condamnée. Je l'ai revu ce matin, ayant terminé son temps sur la terre, les quatre fers en l'air et baignant dans son sang ; et tout de mèche, comme berçant son âme délivrée, sur une branche roucoulait une tourterelle.
Nicolas m'a dit : " C'est quasi d'la chair humaine, comme nous c'te bête-là ; C'est sans malice, comme nous, les galériens de cette vie de misère ; on peut pas dire qu'elle ait fait du mal, ni qu'elle était une embusquée, malachtoui ! pendant que ces salauds dl'Autorité s'engraissent de nos malheurs. ".
Je songeais à ce cœur silencieux, dédaigné, solitaire, qui fut un peu de sa douleur, de cette douleur qui s'en va avec la mort. Je songeais au bon trot qu'elle avait naguère, la bonne bête, hennissant sous sa crinière au vent. Je fermais les yeux et j'étais dans la voiture tirée par la bichette sur la petite route de mon enfance, longeant la Sarthe qui coule entre les peupliers. Pourquoi cette pensée soudaine me venait-elle ? Là, dans ce décor tragique et lugubre ? Je ne sais pas. Peut-être parce que c'est aujourd'hui mon anniversaire et que, en ce temps-là, au bon trot de la voiture, tous ensemble nous allions le dire à grand-mère ; nous nous embrassions, nous étions heureux. C'était une fête, dans la famille, une fête entre toutes les fêtes : nous dressions la table dans la prairie, sous l'ombrage, pendant que gambadait Bichette sur les broutées fraîches. Aujourd'hui, personne ne me le souhaite mon anniversaire…

Vendredi 18 mai 1917
Ma Georgette,
Ce repos que nous avons dans le jour après le travail tout le long de la nuit longue - et il n'y a point de clair de lune comme dans mon ami Pierrot - je le consacre à ma Georgette, tant que je peux, soit dans la rêverie où vagabondent les sourires et les joies profondes de notre Paris, soit dans la causerie de mes cahiers. Là, je, suis bien seul avec toi, unis avec le monde et les mondes, de l'âme, du cœur, et de la pensée. Le souvenir trace de sa plume d'or une carte lumineuse où sont nos espoirs inspirés. Et je fais le beau voyage, réel, idéal, - tant nous sommes dans un même souffle, le parcours ignoré du vulgaire - et si loin d'ici, si près de là-bas par la vision, en imagination de mon cœur, en enthousiasme de ma pensée, en approfondissement de ma conscience, avec des fringales amoureuses renouvelées, des guirlandes de baisers qui en disent long, tressées par l'ingéniosité, des baisers des âmes que la mémoire effleure et prolonge. J'ai construit pour toi dans le temple de mon cœur une belle horloge ancienne, d'un balancier fétiche de la vie douce et qui la rythme, d'une sonnerie intime qui nous invite. Comme une voix nuptiale qui se livre en se recueillant ! Es-tu contente !
Ce qui fait la beauté de la vie, c'est sa vérité, elle existe. Et vivre, c'est suivre la vie avec sa vérité d'aimer. La beauté ! C'est la réalité de vivre avec les chères fatalités du cœur ! Etre heureux, ce devrait être un devoir, en même temps qu'une vertu, une récompense. C'est plus difficile qu'on ne le croit.
Et puis la guerre existe… Ah ! La beauté de vivre ! L'illimité dans le réel et les limites, l'azur suspendu sur l'élan des floraisons, la réalité qui se prête aux forces toujours vives de l'idéal !
- Mon " trou " accroché aux pentes du ravin dont un œil suit de hautes branches qui se balancent n'a plus rien d'obscur- pour peu que mon cœur ne me pèse pas, mais auréole, couronne et diamante la vision accrochée à la nacelle du ciel.
Pourquoi se lamentent-ils, ceux qui m'entourent, toujours à l'irréel de la guerre ? C'est qu'ils n'ont rien d'accroché d'eux-mêmes, en parfums et en vérités, à l'encensoir qui les dépasse, et qu'ils subissent toujours - et subir ici, quel monstrueux mot, de misère et de sang ! - qu'ils subissent toujours sans réagir jamais. Ils se condensent et s'insèrent au pauvre milieu de douleur avec l'idée fixe attachée à ses bornes épineuses, au bord du gouffre où le pied se perd. Ils sont dans cette bière vivante à quatre pattes, ils y allongent leur agonie ; la main n'a que le seul contact du suaire suintant de la terre ; le front, la butée au mouvement trop brusque ; l'idée, au livide du lieu ; la menace comme un clou vif dans les chairs. Le corps n'a qu'une sensation de froid, de cassures, de dislocation des membres, de l'attouchement de la matière. Le cœur, la seule solitude sans appel, dans l'étouffement qui se resserre, le linceul de l'heure ; l'âme, incurable dans la détresse de la vie, que les bribes du foyer se consumant, l'espoir s'en allant, puis disparaissant, suivant le corbillard des abandonnés, des miséreux et des parias que nous sommes, des suppliciés et des maudits.
Ils songent dans le noir cortège des jours, qu'ils ont souvent faim, et plus souvent froid et - qu'au bout du calvaire où se dressent leurs bras en croix viendra peut-être la mort libératrice - et détestée. Ils sont hâves, fiévreux, grelottants, faméliques, las, minés dans la peur et dans l'attente de cette délivrance - par le néant.
Ils savent, ils ont vu - leurs yeux ont les couleurs des boues infinies et du sang qui bouge - , ils ont vu la chaîne se tendre et les tordre sur l'engrenage des fatalités où est la dent qui broie. Et sans répit, sans haleine, comme le leitmotiv d'une nouvelle potence, le cri rauque et d'arrachement à tout ce qu'on va quitter, dans l'acheminement dans le déploiement soudain, implacable de l'obus qui tue…
Moi je veux être tout seul avec ma Georgette, loin de l'obus, qui ne me tuera pas, loin des nuits d'épouvantement qui s'allongent dans la boue des cadavres, loin des jours infinis de souffrances traversées, des coups d'épée de la mort, loin de la monotonie des ténèbres éternelles, loin de la saleté repoussante, des ordures forcées, de la crevaison de la herse sous la pesée d'un ciel qui n'est plus le ciel.
Qu'un vent de folie sadique secoue le sol, déchire l'air, arrache l'arbre, couche les beaux épis de la jeunesse… C'est à quoi il faut bien s'adapter de forme sans trop s'y contraindre de pensée ; aussi bien je ne suis plus effrayé, acculé autant que tu peux le croire. J'ai la petite montre de ton cœur sur mon cœur. Si je me trouve en loques : " Georgette, je suis là ! " dit-elle !
Mes moments d'impulsion - et qui n'en a pas - ont pu suggérer à ta cervelle inquiète un martyre courant, les griffes toujours voraces du cafard, un cauchemar inhabitable, voisin de la folie. Non, ma chérie. Quelquefois oui, mais… si nous avons des tempêtes, des alertes, des ruées de l'instinct, de la sauvagerie, ou bien de la prostration et de l'hébétude, nous avons plus souvent - moi du moins, pas tous - de la détente, du calme, un pied à terre moral d'autant plus efficace qu'ont fut proche du naufrage.
Je suis dans un de ces bons moments-là, et je ne songe qu'à t'aimer, à t'écrire, à nouer mes bras à ton cou, à sentir des baisers ; rafraîchi du bonheur de toi.
Pas de bruit, tout est apaisé, sauf les oiseaux et les feuillages qui s'en content sur tous les tons. C'est le grand repos après l'orage. Seul, comme une petite toux enrouée, mais très lointaine, là-bas, sur une autre armée, le roulement assourdi et continu du canon Il fait beau, il fait bon, je t'aime ! Je veux te le dire encore. Mon cœur s'ouvre au carillon de l'air, aux froufrous, aux bruissements, au langage murmuré et enveloppant de la vie qui recommence. La terre de mon abri sèche ; deux dentelles vertes bordent l'entrée. Dans un coin je vois un petit mouchoir de mousse. Dans le grand éventail paré du bois, tamisé de ciel bleu. C'est à mes pieds, dans les enlacements des branches de mai où se posent des baisers de soleil. Plus haut, ce n'est que la limpidité dorée des espaces !…. /…. Mets tes bras autour de mon cou pendant que je vais reposer, et souffle-moi à l'oreille ce qui berce et apaise dans le frisson de ta jeune âme.
Mille caresses de ton Maurice.

Et puis…Pendant ce temps là, (à partir de 1916) à Zurich, des insurgés, des insoumis fondaient le mouvement Dada en tapant sur des casseroles et en prononçant force imprécations excentriques, apostrophaient les mots, criaient Dada à tue tête. Ils voulaient détruire l'art en tant que dérivatif d'un monde ignoble.
On allait pouvoir chavirer les vieilles idoles, chahuter les déclamateurs de la pensée narcissique, culbuter les grandes vertus, pouffer sur le champ d'honneur qui n'est qu'un champ de destruction qui attire les corbeaux, railler la gloire outrageante, ridiculiser la dignité de l'homme dans l'affliction, l' inviter, avec persuasion au supplice.

Non, Non, ça suffit comme ça : DADA, DADA.

" je sais que vous vous attendez à des explications sur Dada. Je n'en donnerai aucune. Expliquez-moi pourquoi vous existez. Vous n'en savez rien. Vous me direz : j'existe pour créer le bonheur de mes enfants. Au fond vous savez que ce n'est pas vrai. Vous direz : j'existe pour sauvegarder ma patrie des invasions barbares. Ce n'est pas suffisant. Vous direz j'existe parce que Dieu le veut. C'est un conte pour les enfants. Vous ne saurez jamais pourquoi vous existez mais vous vous laisserez toujours facilement entraîner à mettre du sérieux dans la vie. Vous ne comprendrez jamais que la vie est un jeu de mots, car vous ne serez pas assez seuls pour opposer à la haine, aux jugements, à tout ce qui demande de grands efforts, un état d'esprit plane et calme où tout est pareil et sans importance. "
Conférence sur DADA .Tristan Tzara.

" DADA est notre intensité ; qui érige les baïonnettes sans conséquence la tête Sumatrale du bébé Allemand ; DADA est l'art sans pantoufles ni parallèle ; qui est contre et pour l'unité et décidément contre le futur ; nous savons sagement que nos cerveaux deviendront des coussins douillets que notre anti-dogmatisme est aussi exclusivité que le fonctionnaire que nous ne sommes pas libres et que nous crions liberté Nécessité sévère sans discipline ni morale et crachons sur l'humanité. Dada reste dans le cadre européen des faiblesses, c'est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses, pour orner le jardin zoologique de l'art, de tous les drapeaux des consulats bo do bong hiho aho hiho aho. Nous sommes directeurs de cirque et sifflons parmi les vents des foires, parmi les couvents prostitutions théâtres réalités sentiments restaurants hohohohihihioho Bang Bang. Nous déclarons que l'auto est un sentiment qui nous a assez choyé dans les lenteurs de ses abstractions, et les transatlantiques et les bruits et les idées. Cependant nous extériorisons la facilité nous cherchons l'essence centrale et nous sommes contents pouvant la cacher ; nous ne voulons pas compter les fenêtres de l'élite merveilleuse car DADA n'existe pour personne, et nous voulons que tout le monde comprenne cela car c'est le balcon de DADA, je vous assure. D'où l'on peut entendre les marches militaires et descendre en tranchant l'air comme un séraphin dans un bain populaire, pour pisser et comprendre la parabole DADA n'est pas folie - ni sagesse- ni ironie regarde-moi, gentil bourgeois.
L'art était un jeu, les enfants assemblaient les mots qui ont une sonnerie à la fin, puis ils criaient pleuraient la strophe, et lui mettaient les bottines des poupées et la strophe devint reine pour mourir un peu, et la reine devint baleine et les enfants couraient à perdre haleine.
Puis vinrent les grands Ambassadeurs du sentiment qui s'écrièrent historiquement en chœur
Psychologie hi hi
Science Science Science
vive la France
nous ne sommes pas naïfs
nous sommes successifs
nous sommes exclusifs
nous ne sommes pas simples
et nous savons bien discuter l'intelligence
Mais nous DADA, nous ne sommes pas de leur avis car l'art n'est pas sérieux, je vous assure, et si nous montrons le Sud pour dire doctement : l'art nègre sans humanité c'est pour vous faire du plaisir, bons auditeurs, je vous aime tant, je vous assure et je vous adore. "

Texte tiré de la première aventure céleste de M. Antipyrine
De Tristan Tzara

La guerre, comme je l'ai déjà dit, ne peut se réduire à une montagne d'atrocités ce qui ferait court. Il faut bien admettre, tout au moins en ce qui concerne celle-ci, qu'elle a offert une occasion inespérée à l'art de s'épanouir, aux hommes à changer de mentalités. Bien entendu cela ne la justifie pas pour autant. Cette violence inhumaine reste une honte dans l'histoire des hommes.
Elle ne pourra jamais être oubliée.

Composition et mise en scène de Patrick Paulhiac
Le 22 juin 2001


Le texte intégral du livre " Paroles de poilus, lettres et carnets du front, 1914 -1918 est aux éditions Librio diffusées par Flammarion. Copyright Radio France, 1998.

Les textes cités de Tristan Tzara ont été tiré du livre " DADA EST TATOU. TOUT EST DADA aux éditions Flammarion. Copyright Flammarion 1996.