INTROSPECTION 83

PROLOGUE : Et j'écrivais cette agonie mortifiante pour les vingt ans de mon fils et mes cinquante ans de mort-vie en Octobre 2001 à Gassin en Provence.
Pôvre Rutebeuf ; pôvre Tristan

L'oiseau du paradis
Pousse dans la terre d'ici
Il a le bec pointu
Les deux ailes orangées
On croirait qu'il va s'envoler
Vole ! Vole ! Vole !
Va porter bouquet choisi
A tous, à mes amis

Il fait chaud
Ici je me baigne les seins nus
Dans ma tête vide

Se laisser-aller
Dormir à son gré
Ecouter silence
Et regarder
Pins, chênes-lièges, lauriers-roses
Daturas, eucalyptus, mimosas, acacias

Découvrir sites, villes et villages
Marcher sur le sable jaune de la plage
Admirer rochers découpés et mer Turquoise,
Randonner et puis

Dans un chalet tout de bois monté sur pilotis
Avec tuiles romanes sur le toit
Je suis ailleurs, en repos, en répit
Une halte, une pause, une récréation
Savourant le " rien à faire "
Oublier, fuir, se cacher
Improviser et renoncer
Réfléchir sur le " prêt à penser "

Au fil du temps
Le fiel a coulé
Suis comme un boutre plein
Ou outre pleine
Ne sais plus
Ni suis écrivain, ni personne
Ni musicien, mais celui qu'on sonne
Grands intellectuels me fuient
Culturophobe, je fuis
Seul je vagabonde
Entre riches trop riches
Et pauvres trop pauvres

Horreur et haine m'agacent
Ne tiens plus en place
Amis, frères m'abandonnent
Seule Marie me Noëllise

Mon athéisme est surpuissant
Tous gens me fuient
Musulmans en position
Du suppositoire dans le derrière
Font rire jusqu'aux pommes de terre !

Moi, suis triste et pénitent.
Veux faire repentance
En veux à moi-même
Veux faire silence dans mon cœur
Pardonner à ces idiots laboureurs
Toujours même sillons

Alors,
Fermer les yeux
Ne les rouvrir jamais,
Mon cœur est très laid

Pardons à ceux que j'ai pu désaimer
Pardons !

A bout suis
Agir, bâtir et sauver
J'ai tout raconté,
Débâcle et maladie m'ont griffé
La honte du regard d'autrui
Et dégoût de soi-même
Perte de la dignité humaine

Ai prôné nihilisme et Dada
Mais le monde n'a pas besoin de moi.

Inaction et contemplation
Font le lit de la rédemption
Et veux faire grève de la vie
Pour éponger mon chagrin
Inaction et contemplation
Sont ma vocation
Ne veux plus arrêter la course des étoiles
Les atomes vibrent, les électrons s'agitent
Qu'y puis-je ?
Arrêterai-je cette agitation fébrile ?
A cinquante ans, suis arrivé à rien
Ai perdu amis, copains
Soit ils sont morts
Soit ils m'ont rejetés
Soit bonne retraite se sont réfugiés

Grand amour m'as délaissé
Sourire et geste me seront gratifiés
Mais bientôt la déglingue
Alors pourquoi
Ne pas mourir ici, sans effroi
Autant ici et maintenant
Dans le massif qui appartient aux cigales

Ma machine a vieilli
Et cerveau se rétrécit
Maladie m'attend
Elle a tout son temps
Venir à ma table elle viendra
Alors,
S'allonger et ne plus se nourrir
C'est une manière de partir
Fermer les yeux et rétrécir
Ralentir respiration
Ralentir cœur et circulation
Et
A chaque étape : rétrécis
Bientôt gros comme un nouveau né
Puis comme un fœtus
Puis un point, une intersection entre deux lignes
Corps perdu
Et conscience aussi
Deviendrait entité abstraite
Ce sera ma plus belle conquête

Enveloppe charnelle disparaîtra
Et celui qui vous parlera
Ce ne sera pas moi
Qui mauvais poème vous racontera
Et récitera toutes les civilités…

C'était le 28 Octobre dans les Maures.